Papineau-Histoire-Qc.ca
        PAPINEAU DU QUÉBEC 
                            et d'ailleurs


Première génération:
Samuel Papineau dit Montigny, 1670-1737

1.7.1 à la recherche de Montigny en Poitou et de La Papinière

Il existe plusieurs documents qui identifient le lieu d'origine du premier Papineau.
Les premiers manuscrits officiels sont:
1.- d'abord la concession devant notaire d'une terre qui lui est faite le 25 avril 1699 par les Messieurs de Saint-Sulpice de Paris, seigneurs de l'île de Montréal,
2.- puis le certificat de baptême de François Cardinal le 12 septembre 1701 où: Samuel Papineau, profession, volontaire, est identifié comme parrain. Le père, Pierre Cardinal, de Fontenay-le-Comte, ville située près de Montigny, sera aussi témoin lors de la signature en 1704 du contrat de mariage de Samuel.
3.- puis ce contrat de mariage du 6 juin 1704, devant maître Pierre Imbault, notaire royal à Ville-Marie.
4.- On détient également l'acte du  mariage le 16 juin 1704 par le père Jean Bouffandeau, prêtre de Ville-Marie desservant la paroisse de St-Joseph de la Rivière-des-Prairies, après publication réglementaire des  trois bans les 1er, 8e et 15e jours de mai 1704. Or le père Bouffandeau est un "pays" de Samuel, étant originaire de Cholet, en Vendée. Il inscrit dans l'acte: "Samuel Papineau dit Montigny, fils de Samuel Papineau et de Marie Delain, ses père et mère, de la ville de Montigny en la province de Poitou dans le royaume de France".

Or ces quatre premiers documents, rédigés devant des témoins connaissant Samuel Papineau dit Montigny, identifient ses père et mère et son lieu d'origine, "Montigny, évêché de Poitiers, dans le Royaume de France".

Des descendants successifs ont cherché à renouer avec le lieu natal de l'ancêtre.
Louis-Joseph Papineau (1786-1871), l'arrière-petit-fils de Samuel Papineau dit Montigny, a séjourné en France à deux occasions: d'abord après sa mission à Londres en 1823, sous mandat de la Chambre d'Assemblée pour aller combattre le projet d'union du Bas-Canada, francophone et prospère, avec le Haut-Canada, anglophone et endetté.
Il se rend par la suite à Paris et à Fontainebleau d'où il rapporte un ceps de vigne de chasselas doré qu'il plante dans le jardin de la maison familiale de la rue Bonsecours, selon son fils Amédée, (Souvenirs de jeunesse, 1822-1837, page 30., Georges Aubin, Les cahiers du Septentrion).
Louis-Joseph Papineau est-il allé à Montigny à cette occasion? On ne le sait pas car il n'existe aucune lettre de lui pendant ces cinq semaines passées en France. On ne le croit pas car il cherchera encore ses racines ancestrales une vingtaine d'années plus tard pendant son exil en France.
Par contre, selon le texte du meilleur généalogiste de la famille, le lieutenant-colonel Denis-Benjamin II Papineau  (1892-1965), c'est Louis-Joseph Papineau lui-même qui ¨dit¨ que l'ancêtre vient de la Papinière à Montigny en Poitou, près de Bordeaux  (sic). Les archives abondantes du chef patriote sont muettes sur ce point. Il y a peut-être eu erreur et que cette affirmation serait en réalité attribuable à son fils Louis-Joseph Amédée, qui, en 1878, arriva à Montigny en provenance de Bordeaux.

Le deuxième séjour du chef patriote en France se situe entre 1839 et 1845. Il a dû s'exiler comme proscrit dont la tête avait été mise à prix avant le soulèvement avorté des Patriotes en 1837.  Pendant son séjour, consacré en vain à convaincre le gouvernement de Louis-Philippe et le peuple français de venir au secours des Canadiens-français, il faisait des recherches sur le régime français (1535-1763) aux archives du Ministère de la Marine à Paris. Il y a colligé 5000 pages d'archives historiques grâce à une bourse à cet effet obtenue par son frère Denis-Benjamin (1789-1854), député puis premier ministre-conjoint du Canada-Uni. Ces archives ont sans doute été utilisisées par Francois-Xavier Garneau pour son Histoire du Canada de 1845 et par son ami, le patriote O'Callaghan, pour son Histoire de l'État de New-York. Plus tard, le gouvernement ingrat demandera à Louis-Joseph Papineau la  restitution de la partie non utilisée de cette bourse.

On croit qu'une partie de ces documents, tout comme les archives de la "Chambre d'Assemblée" que Louis-Joseph avait présidée pendant une vingtaine d'années, ont été détruits lors de l'incendie du parlement du "Canada-Uni" au marché Sainte-Anne par les émeutiers anglais de Montréal.
Ils étaient furieux, entre autres motifs, que le gouverneur général, Lord Elgin, s'adresse à la chambre dans la langue française qui avait été proscrite pour les actes officiels par la constitution de l'Union en  1841.

Pendant l'exil parisien de la famille, son fils Ls-J. Amédée a passé quelques mois à Paris. Il rapporte d'abord en date du 17 mars 1843, dans son ¨Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855¨, (Georges Aubin, page 566) qu'il était "parvenu à fixer la date du départ de son aïeul ¨Simon¨ (sic), en 1665, dans le régiment de Carignan-Sallières". C'est une erreur incontestable car cela aurait donné  à Samuel, de sa naissance  +/-1645 à son décès en 1737 environ 92 ans au lieu de 67 ans, et 49 ans au lieu de 34 ans à son mariage en 1704 avec Catherine Quevillon qui avait 18 ans. Et ils eurent neuf enfants! Amédée admet plus tard son erreur de date mais sans en offrir une qui serait la bonne.

Trente-cinq ans plus tard, Amédée aura plus de chance.
On peut trouver confirmation dans les carnets de voyage d'Amédée pour l'année 1878 et une note manuscrite dont il envoie copie à son cousin Godefroy. En voici un résumé.
Il avait passé les quatre mois d'hiver à Alger avec sa famille et rentrait sur Paris en traversant l'Espagne et le Sud-Ouest de la France. Le 13 avril il est à Bordeaux, le 14 à Angoulème où il rencontre le pasteur Lièvre qui lui remet les trois volumes de son Histoire des Protestants du Poitou, une chronique virulente des atrocités commises par les catholiques pendant les guerres de religion. Le petit-fils de Lièvre, Pierre Dez, professeur à Poitiers, reprendra ce travail en 1935.
Pendant ce périple, Amédée rencontre aussi le célèbre généalogiste Beauchet-Filleau qui vient de compléter une compilation de la noblesse poitevine. À son grand chagrin, n'y figure pas le nom de son ancêtre. Le petit-fils de Beauchet-Filleau perpétue ce travail et à l'automne 1998 il nous a confirmé ce verdict de son arrière-grand-père.

Mais poursuivons le périple d'Amédée. Il se rend d'Angoulème à Poitiers le 15 avril et à La  Rochelle, lieu d'embarquement, avec Rochefort, des soldats des Compagnies de la Marine partant pour la Nouvelle-France. Puis, le 17 avril il revient sur ses pas,  vers Niort, la préfecture du département des Deux-Sèvres où se trouvent les archives. C'est ici qu'il se procure la carte du département et peut y identifier Montigny. (souligné en rouge sur: (copie de l'original de 1878)
Le lendemain il séjourne à l'hôtel à Bressuire qui est la sous-préfecture dont relève Montigny.
Et en effet il note dans son journal pour le Vendredi saint 19 avril 1878:  "à 5h. je pars seul pour Cerisay à 7h".  Cerizay est la ville voisine de Montigny, mais il ne dit pas un mot de Montigny dans son carnet!
Heureusement son passage n'est pas passé inapercu.
Le curé Grellier de Montigny, diocèse de Poitiers, adresse le 1er mai une lettre libellée simplement: "à Monseigneur de Montréal"  disant qu'un noble personnage est venu à Montigny le Vendredi saint d'avril 1878: "il a cueilli quelques touffes d'arbustes....comme souvenir de son passage dans l'endroit où serait né son trisaîeul, il y a deux cent et quelques années...l'air de bonté et de franchise qu'accuse le visage de cet étranger,...l'obole qu'il a versée à notre pauvre église, ...les larmes qu'il a répandues en lisant son écrit remis par lui-même entre les mains d'un des membres de la municipalité: Samuel Papineau  au Canada, dan lequel il est désigné comme de Montigny en Poitou ".

Bien entendu monseigneur Fabre, évêque de Montréal, a remis la missive à son voisin de la rue Saint-Denis, le juge Augustin-Cyrille Papineau, (arrière-grand-père de l'auteur) qui l'a immédiatement postée le 24 mai à son cousin Amédée à son hôtel, 20 rue du Bassin, à Paris.
Si bien que Amédée pouvait répondre au curé Grellier le 13 juin une lettre dont nous avons le brouillon, où il pose quelques questions sur: "la métairie La Papinière  ... sur la carte très détaillée du département que je me  procurai à Niort". Il s'informe aussi de la chaîne des titres jusqu'aux derniers occupants du nom de Pineau.
Dans cette même lettre du 13 juin on trouve une phrase qui affirme: "la seule donnée que j'aie sur ma famille en France est l'acte de mariage de Samuel".... (du 16 juin 1704). En fait Amédée ignorait qu'il y avait aux archives des notaires le contrat de mariage notarié du 6 juin 1704 et l'acte notarié de concession d'une terre par les sulpiciens en 1699 où est indiqué que Samuel est de Montigny en Poitou en la vieille france.
Un autre paragraphe peut jeter un certain éclairage sur les affirmations postérieures et souvent répétées d'Amédée à l'effet que ses ancêtres étaient huguenots et victimes des guerres de religion, par exemple quand il rédigera lui-même l'épitaphe des parents du premier ancêtre en 1885.  Ce qui est contredit par contre par sa lettre de 1878 au curé Grelier de Montigny:
"Je fus vivement impressionné en voyant votre église et quelques maisons du village à la pensée qu'elles existaient avant l'émigration de mon ancêtre et qu'il les avait vues et fréquentées et que les cendres de ses pères reposent dans votre cimetière".
Amédée ne semble pas non plus réaliser qu'en 1793 les colonnes infernales du général Trureau avaient brulé et rasé le bourg  de Montigny et aussi La Papinière pendant les guerres de Vendée.

Puis on trouve dans le carnet d'Amédée une entrée au mercredi le 26 juin 1878: Visite à M. Roboam du Plessis, maire de Montigny en Poitou, à son hôtel  9 rue Pasquier, à Paris. Il me promet des renseignements sur nos origines de famille.
C'est sans doute lui qui lui remet une carte topographique détaillée des environs de Montigny vers 1878 où on aperçoit les noms de La Papinière et du château Plessis-Bâtard.

Nous avons récemment découvert une carte topographique encore plus ancienne de Montigny.
Cette carte de 1765-1768 par Cassini  ici en deux formats que l'on peut agrandir, est aujourd'hui disponible sur Gallica, le site internet de la Bibliothèque Nationale de France. Elle a donc été confectionnée à la demande de Louis XV avant les destructions de 1793 des guerres de Vendée. Elle indique clairement La Papinière et son bâtiment ainsi qu'un moulin à vent à proximité. En 2004 nos amis de La Papinière nous disent qu'il subsiste des accumulations de pierres de cet ancien moulin-à-vent. Ils furent rasés car la disposition des pales des moulins servaient aux Vendéens de moyen de communication pendant les guerres de Vendée.
Sur la carte de Cassini sont aussi identifiés le Plessis Bâtard, La Forêt-sur-Sèvre, Courlay et Cerizay.

En 1998, le conseiller municipal de Montigny, Jean-Michel Landry, nous a déroulé le plan cadastral de la commune. On y voit qu'en plus de l'habitation La Papinière, il y a derrière, la route rurale dit La Papinière et un long Ruisseau La Papinière  qui passe devant la propriété.

On peut aussi comparer ces cartes anciennes avec un dessin (JYP) des environs de  Montigny en 2003.

Ainsi nous possédons des cartes de Montigny en 2003, en 1878 et en 1768 et pouvons situer correctement le lieu d'origine en France du premier ancêtre Papineau.



Amédée Papineau n'a pas laissé de traces subséquentes à ses rencontres à Montigny dans ses carnets ou sa correspondance .
Cependant en 1966 nous avons rencontré le comte Des Dorides, maire de Montigny et châtelain du château Plessis-Bâtard de Montigny. Par la suite, en novembre 1998 et en mai 2000, nous avons séjourné chez son fils, le comte Robert Des Dorides, toujours au château. Il nous apprend que le maire rencontré par Amédée en 1878, Roboam Du Plessis, est son arrière-grand-père.

Il n'y a pas traces de visites subséquentes à Montigny des nombreux descendants Papineau et Bourassa du Québec qui se rendirent en France au début du 20e siècle.
Par contre, la notoriété des Papineau du Canada s'était ébruitée. On retrouve dans un manuscrit de l'abbé Tricot, curé de Montigny de 1930 à 1965, qu'il avait lu le livre de Robert Rumily, édition de 1934, sur Louis-Joseph Papineau et en avait été très édifié.
Il écrit aussi: "En 1949, le club olympique de Cerizay baptisa son stade...Papineau. À cette occasion un attaché de l'Ambassade du Canada à Paris vint présider le festival". (En mai 2000 nous cherchons en vain à Cerizay le stade Papineau qui a changé de nom).
Plus loin: "En 1954 est venue me voir, vers mars, une demoiselle Papineau de Chicago qui avait pris un engagement d'un an dans l'armée américaine. Elle faisait la classe à des enfants d'officiers américains à La Roche-sur-Yon. (préfecture de la Vendée).....Elle me dit que sont nombreuses à Chicago les familles émigrées du Canada.....même qu'entre elles, elles s'appellent Papineau Montigny....elle est venue trois fois me voir."

Lors de visites à Montigny en janvier 1966 et de nouveau en mai 1969, en octobre 1998, en juin 2000 et en juin 2005, nous avons finalement retrouvé
¨La Papinière¨
.
(ici, on dit village pour une agglomération de deux ou trois maisons).

Il est composé de deux fermes mitoyennes installées sur une hauteur dominant un paysage d'une grande beauté. La lignée des propriétaires serait les Papineau, puis Pineau jusqu'à 1873, suivi de Cousineau. Le propriétaire en 1966 est M. Mérine de Angers, qui est introuvable en 1998. C'est son notaire qui transigeait avec les deux exploitants, là depuis 1945, la famille Rousselot et la famille Devaud, avec qui nous parlons longuement en 1966. Très gentils, ils nous disent savoir que les anciens propriétaires ont eu des descendants devenus célèbres au Canada, et à l'occasion ils ont des visiteurs qui se réclament de cette filiation.
Il semble que tout ce qu'il reste des bâtiments de la période de Samuel Papineau et de ses descendants immédiats soit le vieux four extérieur qui, selon la tradition vendéenne, est utilisé une fois l'an pour cuire la galette de Pâques. Tout le reste avait été incendié en 1793-1794 par les colonnes infernales à la fin des guerres de Vendée.
Lors de notre rencontre en 1966 avec le maire de Montigny, il nous informe que les  archives de la commune ont servi à réchauffer les vieillards réfugiés dans l'hôtel-de-ville pendant la dernière guerre.

À l'automne 1998 nous nous rendons de nouveau à Montigny.
Nous sommes accueillis au Plessis-Bâtard par le comte Robert Des Dorides, fils de celui rencontré en 1966, et par son épouse Isabelle Des Dorides, qui est maire de la commune de La Forêt-sur-Sèvre qui englobe maintenant le bourg de Montigny. Nous rencontrons aussi Jean-Michel Landry qui est l'instituteur à l'école primaire de Montigny et aussi conseiller municipal de Montigny et La Forêt. À notre grande surprise, aucun de ces personnages ne connaissait l'histoire et les antécédents locaux des Papineau. Ce que nous corrigeons en leur laissant des exemplaires des deux tômes du Julie Papineau de Micheline Lachance, du Denis-Benjamin Papineau de Claude Baribeau et de  L'histoire de la seigneurie de la Petite Nation de Claude Lamarche.

Ils nous font rencontrer un artiste du nom de Rousselot, qui a amassé quelques documents historiques dont des notes du curé Tricot dont il nous  cède gentiment copie. Cela contient quelques anecdotes sur des visiteurs reliés aux Papineau, et un note historique sur les origines de Montigny: "Le cartulaire de l'abaye de la Trinité de Mauléon mentionne l'existence en 1123  de la paroisse de Saint-Pierre de Montigny et de son prieuré-cure. Elle dépendait du doyenné de Bressuire, de la baronnie de La Forêt-sur-Sèvre, de la sénéchaussée de Poitiers et de l'élection de Thouars".
Nous revoyons également les maisons constituant La Papinière. Les habitations et les environs ont été complètement modernisés depuis 1969. Malheureusement les occupants, Darvaud et Rousselot, les mêmes qu'en 1966 étaient absents et nous n'avons pu les saluer.

À l'occasion de ce voyage de 1998 nous avions évoqué la possibilité d'un jumelage entre Montigny et Papineauville, soit au niveau municipal ou scolaire. Lors du dernier voyage en mai 2000, nous avons la joie de rapporter des messages des jeunes de Plaisance et Papineauville et les écoliers de Montigny nous font parler longuement de l'histoire de la Nouvelle-France et du premier ancêtre Papineau parti de chez eux il y a 300 ans.
 

En 2005, surprise chez les Papineau. Nous recevons des messages de Jean Geay, né à la Papinière il y a une cinquantaine d'années.
Sa mère, décédée, est une Cousineau. Il nous fera rencontrer sa tante Reine Cousineau-Larus qui habite la commune voisine de Le Pin et nous accompagne également chez les occupants actuels, Raymond et Thérèse Rousselot. Ils sont à la retraite et ils ont bien du mérite d'accueillir gentiment les nombreux Papineau qui viennent visiter le lieu natal de leur ancêtre Samuel.

À leur tour Jean Geay et son épouse Françoise sont venus visiter le Québec en 2006. Ils ont rencontré plusieurs descendants de Samuel Papineau dit Montigny, né à La Papinière en 1670. On leur a fait visiter la maison Papineau de la rue Bonse la cours et ils ont été reçus à déjeuner par Jacqueline Papineau-Desbaillets, une descendante de Louis-Joseph Papineau.
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