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LES PAPINEAU DU QUÉBEC 
                    et d'ailleurs


La première génération:
Samuel Papineau dit Montigny, 1670-1737

1.7.3 les ancêtres de Samuel Papineau étaient-ils huguenots ?

Épitaphe dans la chapelle funéraire des Papineau
au manoir de Montebello (et transcription JYP).

                  À
         la Mémoire de
    Samuel Papineau,

              de la Papinière. Commune de Montigny
              en Poitou. d'Origine Gallo-Romaine.
               et de Marie de Lain son
               Épouse.
            Victimes des Guerres de Religion.
            Lui, Mort avant 1686. Elle après cette année.
Elle a été rédigée en 1885 par Louis-Joseph Amédée Papineau (1819-1903), fils du chef patriote Louis-Joseph Papineau (1786-1871). L'original du dessin de sa main se trouve aux archives nationales du Québec dans la ville de Québec, Collection Joseph Papineau, cote P 417.
On y lit que Samuel Papineau, de La Papinière à Montigny en Poitou, décédé avant 1686 et son épouse, Marie Delain, décédée après 1686, auraient été victimes des guerres de religion.
Ils sont les parents du premier ancêtre des Papineau en Nouvelle-France.

L'année 1686 mentionnée correspond à la  révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV en 1685.
L'Édit de Nantes, était un pacte de tolérance permettant la coexistence entre la religion d'État, catholique  et gallicane-romaine, et la religion  réformée prêchée par le Français Jean Calvin, réfugié à Genève. L'édit de Nantes avait été  édicté en 1598 par Henri IV,(gravure d'époque) ci-devant roi de Navarre, après sa conversion à la religion catholique. Il en était venu à ce choix difficile en jugeant que c'était indispensable pour ramener la concorde dans la France déchirée par les guerres de religion fratricides en cours depuis le début du seizième siècle. On attribue à Henri IV la réplique restée célèbre: Paris vaut bien une messe.
L'Édit de Nantes avait donné une certaine liberté de culte aux calvinistes, l'accès à certaines charges publiques et le controle de quelques places fortes, si bien que c'était de facto donner à une religion, le calvinisme, un aspect politique et militaire.
Malheureusement la noblesse et les marchands calvinistes ont utilisé cette base de pouvoir pour combattre avec plus d'ardeur encore les institutions de la majorité catholique gallicane, et ont réussi ainsi à déstabiliser la France.
Finalement Louis XIII et le cardinal Richelieu ont du recourir à la force pour rétablir la sécurité du royaume. En 1623 eut lieu le siège de la ville de La Rochelle qui avait appelé l'Angleterre à son secours pour défendre ses velléités d'autonomie.
Les Anglais vinrent, virent la ville assiégée, et partirent.

Dans les premières années de son reigne, Louis XIV avait évité le piège des guerres de religion, occupé qu'il était à la guerre contre les étrangers pour assurer la permanence des frontières alors que le génial Colbert travaillait à ramener la prospérité.
Mais le problème de l'État dans l'État demeurait.
Les huguenots s'opposaient même à la politique française qui tentait d'augmenter l'autonomie du gallicanisme à l'endroit de Rome.
Déjà, quelques années avant la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, le roi Louis XIV, son confesseur, le père Lachaise, sa maitresse et plus tard épouse, madame de Maintenon, le prédicateur Bossuet et l'intendant Louvois qui avait succédé au réformiste Colbert décédé en 1684, avaient encouragé la conversion forcée des calvinistes à la religion catholique.
Non content de leur avoir enlevé leurs prérogatives, on veut obtenir leur abjuration par la coercion et la violence si nécessaire.
Une des pratiques était appelée les "dragonades" car on imposait aux familles huguenotes l'hébergement onéreux des compagnies de dragons, avec mission d'obtenir des abjurations, par la force si nécessaire. Les historiens estiment que ces brimades ont amené  l'exil d'environ 200 000 Francais réformistes, en grand nombre issus de la noblesse et de l'élite industrielle et commercante. Ces fuites, dites vers "le refuge", étaient interdites et les coupables si repris étaient sujets aux pires exactions. Les ports d'embarquement pour la Nouvelle-France étaient étroitement surveillés et même celui qui avait abjuré devait d'abord faire trois ans de probation avant de pouvoir s'embarquer. Ceux qui réussissaient à déjouer ces interdits étaient vite repérés par l'aumonier du navire et amenés à abjurer à bord ou à l'arrivée, sinon c'était le retour en France et la prison où les galères royales à Marseilles. Ce qui explique certains baptêmes, parfois  groupés, que l'on retrouve dans les archives de la Nouvelle-France.

Sans doute à cause de la notoriété subséquente de certains descendants Papineau, plusieurs auteurs ont avancé que la famille de Samuel Papineau était huguenote ou de la religion prétendue réformée, comme la nommaient pudiquement les correspondances officielles. Selon madame Anne Bourassa, arrière petite fille du chef patriote Louis-Joseph Papineau, cette affirmation a eu son origine chez le fils de ce dernier, Louis-Joseph II Amédée Papineau.
On sait que dans sa vieillesse Amédée Papineau avait abjuré la religion catholique et en avait formellement avisé le curé de Montebello, le 3 août 1893, " je vous fais savoir et je vous prie de prendre note, monsieur le curé, que j'abjure et renonce à toute allégeance et communion avec l'Église catholique,...je la respecte comme je respecte toutes les opinions et croyances sincères et consciencieuses mais je crois devoir aujourd'hui m'adjoindre à l'Église presbytérienne calviniste...qui d'ailleurs fut la religion de mon épouse et qui est celle de mes enfants et de mes petits-enfants". La religion presbytérienne est la variante protestante introduite en Écosse par John Knox, disciple de Calvin à Genève. Religion d'État en Écosse, elle faisait échec à la religion anglicane qui était la religion d'État en Angleterre.
Amédée s'était donc fait baptiser dans cette religion en même temps que son fils, à l'église protestante de la rue Dorchester à Montréal.
On sait aussi qu'il fréquentait  le prêtre apostat Chiniqui, l'invitant même a tenir des prêches au manoir de Montebello, simulacre de "l'église du désert", pratique de rencontres clandestines des huguenots après la perte de leurs temples en France.
Dans plusieurs de ses carnets qui racontent ses voyages en Europe avec sa famille après sa retraite comme protonotaire à la cour supérieure à Montréal, Amédée attaque avec virulence les papistes, nom dérisoire appliqué alors aux catholiques.
À Toulouse, il assiste aux offices réformés, se référant aux Albigeois persécutés à la fin du douzième siècle, un anachronisme alors qu'il y avait eu de tels actes de violence à Toulouse beaucoup plus récemment durant les guerres de religion du seizième et du dix-septième siècles.

Lors de son voyage de 1878 en Europe, venant d'Algérie et d'Espagne via Bordeaux, il cherche et finalement trouvera, le vendredi-saint 19 avril, le bourg de Montigny, lieu d'origine de sa famille.  Il décrira ainsi au curé Grelier de Montigny qu'il n'avait pu saluer à cette occasion, cette première visite d'un descendant de Samuel Papineau au berceau de ses ancêtres:  je fus vivement impressionné en voyant votre église et quelques maisons du village à la pensée qu'elles existaient avant l'émigration de mon ancêtre et qu'il les avait vues et fréquentées et que les cendres de ses pères reposent dans votre cimetière (catholique).
En route pour Montigny, il avait rencontré à Angoulème et à Saintes deux personnes qui vont par la suite colorer son discours.
À Saintes, c'est le généalogiste Beauchet-Filleau, qui a fait la biographie de toute la grande et la petite noblesse du Poitou, qui l'informe qu'il ne s'y trouve pas de Papineau.
(à l'automne 1998, le petit-fils de Beauchet-Filleau a répété ce verdict à notre collaboratrice dans cette région, la généalogiste madame Marguerite Morisson).
Ainsi, le blason (dit de convenance) accordé par le roi à Gilles Papineau, de la paroisse de La Boissière près de Mauléon, et donc près de Montigny,  ne représente aucunement un titre de noblesse. D'ailleurs le bénéficiaire suivant dans la liste du Maître d'armes Dozier est ...le curé de La Boissière, sans doute en récompense pour avoir dénoncé les huguenôts de sa paroisse.

Le 15 avril 1878, à  Angoulème, Amédée rencontre le pasteur Auguste-François Lièvre, éminent calviniste qui lui donne un exemplaire de sa publication en trois volumes sur "les martyrs Poitevins", laquelle raconte les persécutions durant les guerres de religion. Le petit-fils de Lièvre, Pierre Dez, professeur au lycée de Poitiers, s'en est inspiré pour écrire sur le même sujet en 1936. Il est très évident que c'est là que Amédée Papineau s'est inspiré pour inventer l'histoire tragique des racines huguenôtes de ses ancêtres.
Il existe de nombreux écrits de Amédée à ce sujet qui vont par la suite être repris même par les historiens les plus sérieux, mais surtout par les prosélytes de la théorie d'une influence huguenote importante dans le peuplement de la Nouvelle-France. Dans une des études les mieux documentées sur le sujet, l'historien Robert Larin estime leur nombre, à l'arrivée en Nouvelle-France, de 6% à 8% des 10,000 Français qui se sont implantés à demeure. Ce chiffre aura considérablement diminué après les abjurations et les intermariages avec des catholiques. Après la conquête, l'Angleterre favorisera la venue de Huguenots francophones anglais et suisses pour servir dans sa bureaucratie coloniale.

Un examen détaillé démontre les nombreuses contradictions dans les arguments de Amédée Papineau à l'effet que les ancêtres Papineau étaient Huguenots.
Le 10 mai 1894, il répond à une lettre d'un américain du Kansas du nom de William Popenoe dont le fils était venu le visiter au manoir de Montebello:
 "I have no doubt you belong to the race of  Papineaus. Their history is a curious one. Their section in France was La Papinière, town or parish of  Montigny, in the province of  Poitou, and now the department of  Deux-Sèvres. They were noble and entitled to the prefix of de/De Papineau. They were huguenots, that is french calvinists, and persecuted under Louis XIV. Some were killed and others fled, some to England, some to Germany, one to Canada about the year 1686 or 87....The Papineau who came to Canada had to feign conversion to catholicism or be driven afar to Boston or New-York..."

Le 14 octobre 1894, Amédée écrit à son neveu Gustave Bourassa (1860-1904) devenu prêtre : "mais n'oublie pas, mon cher neveu, qu'après avoir adoré Dieu sous le nom de Jupiter à Rome, nos ancêtres colons romains au Poitou, y sont devenus chrétiens, puis catholiques, puis huguenots et sous cette dernière évolution, furent horriblement persécutés, les uns tués, les autres chassés de leur patrie, les uns en Hollande, d'autres en Angleterre, un en Virginie, un autre au Canada...Samuel II.  J'avais à peu près toutes ces connaissances de nos ancêtres lors de mon voyage à Montigny (en 1878). J'y priais le Dieu de l'humanité entière au pied de la croix du cimetière comme ensuite dans l'église catholique qui fut pendant un siècle un temple calviniste".(affirmation que des notables de Montigny d'aujourd'hui ont réfutée).

Dans une lettre du 21 avril 1896 en réponse aux interrogations de son fils Louis-Joseph IV Papineau et qui est certainement représentative de ce qu'il sait vraiment au sujet de son premier ancêtre, Amédée écrit (en anglais!): "Samuel Papineau who came to Canada was probably a huguenot refugee who to escape being killed enrolled himself as a soldier".
Noter le "probably", car ce "probablement" contredit les affirmations péremptoires précédentes.

En conclusion, il est de mise d'ignorer le témoignage "pro domo" de Amédée Papineau sur l'origine huguenote des ancêtres français Papineau.
Ce que n'a pas fait le pasteur Durieux Duclos dans son Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-Unis publiée par la Librairie Évangélique, de Montréal, au début du 20e siècle. Il cite presque textuellement les écrits de Amédée Papineau pour affirmer que Samuel Papineau, ( nous avons appris tout récemment ses origines huguenotes), ainsi que quelques uns de ses descendants sont, par allégeance , par comportement, ou autrement, des protestants.

En contrepartie, plusieurs autres faits et documents plaident en faveur d'une appartenance des ancêtres Papineau à la religion catholique.
Plusieurs historiens (Lièvre, Dez, Archange Godbout, Robert Larin), qui ont étudié les concentations de huguenots dans le Poitou et le département des Deux-Sèvres notent leur petit nombre au nord où se situe Montigny par opposition au très grand nombre dans le sud, le Niortais.

Dans le village voisin, à 3 kilomètres de Montigny, se trouve le château de La Forêt-sur-Sèvre appartenant alors à Philippe Duplessis Mornay, ancien conseiller de Henri IV et surnommé "le pape des huguenots". Après son décès en 1623, son gendre a publié ses mémoires qui, selon un occupant actuel du château, démontrent qu'il avait une grande tolérance à l'endroit de ses voisins catholiques. De plus, Duplessis-Mornay devait faire venir le pasteur Daillé de Pouzauges, à 30 kilomètres plus loin, pour la prêche et pour l'instruction de ses enfants, une preuve additionnelle que le bourg de Montigny n'était pas d'obédience protestante.

Si Samuel Papineau dit Montigny avait été huguenot, il aurait certainement appris comme tous les petits huguenots de son temps à lire la bible en français et sans doute aussi appris à écrire avant son départ en 1688 à l'âge de 18 ans. Or dans les nombreux actes où il intervient à Montréal à partir de 1699, le notaire inscrit qu'il ne sait signer.
Il n'y a pas eu non plus d'empêchement à son départ de La Rochelle le 21 avril 1688. Aucun document d'archive n'indique qu'il ait dû abjurer auprès de l'aumonier pendant la traversée, ni qu'il ait été baptisé à son arrivée à Québec.

On perd sa trace pendant ses 10 ans de service militaire, jusqu'au 27 avril 1699 lorsqu'il acquiert des Sulpiciens, seigneurs de Ville-Marie, une terre à la Côte-St-Michel de Montréal.
Par la suite on assiste à un parcours de bon catholique. Il est parrain le 12 septembre 1701 au baptême de François, deuxième fils de Pierre Cardinal, son "pays"  vendéen de la ville de Fontenay-le-Comte. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'il décline fièrement pour la première fois: profession: volontaire.
Puis le 8 juin 1704, avec comme témoin le même Pierre Cardinal, il signe un contrat avec Catherine Quevilllon, promettant le mariage devant "notre sainte mère l'église catholique, apostolique et romaine", ce qu'ils feront le 16 juin devant le père Jean Bouffandeau, un autre Vendéen, en l'église de St. Joseph de la Rivière-des-Prairies.
Ils auront neuf enfants, tous baptisés et tous mariés à l'église, qui à leur tour leur donneront quatre-vingt-treize petits-enfants. Un des fils de Samuel, Joseph I, qui sait signer et s'est enrichi à la traite des fourrures, devient artisan et bourgeois à Montréal. Il a comme proches voisins de sa résidence de la rue Bonsecours, les prêtres Sulpiciens qui veilleront à l'éducation de ses enfants. L'une deviendra religieuse, mère St-Olivier de la Congrégation Notre-Dame. Un fils, Joseph II, ira étudier au Séminaire de Québec et deviendra député de Montréal, élu en 1792, 1796, 1800 et 1810. Membre de la première chambre d'assemblée, il y défendra la langue et la foi des descendants des pionniers Français.
Ses fils Louis-Joseph, Denis-Benjamin, André-Augustin et Toussaint-Victor suivront la même voie, les trois premiers dans l'arène politique, le quatrième comme prêtre.
Tous assez libre-penseurs et certains même anti-cléricaux, aucun d'eux n'a écrit que son arrière grand-père Samuel était huguenot.    SUITE>>>