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LES PAPINEAU DU QUÉBEC 
                     et d'ailleurs
Première génération :MARIE-CATHERINE  QUEVILLON (1686-1781)
mariée le 16 juin 1704 à   Samuel Papineau dit Montigny (1670-1737)

1.5 Les "Quevillon" et "Hunault dit Deschamps" :

  les premiers ancêtres maternels des Papineau


Quevillon
Catherine Quevillon, la jeune épouse de Samuel Papineau dit Montigny, descend de familles de pionniers par son père comme par sa mère.
Adrien Quevillon, (1645-1690), son père, est venu de sa Normandie natale comme engagé au juge royal, le sieur Louis Artus dit Dessailly, sur sa ferme du Bout-de-l'Île, à l'est de Ville-Marie. On l'y trouve à 21 ans au recensement de 1666, qualifié d'engagé et de laboureur. 

Dans les documents, on le dit de
Saint-Ouen le Mauger, petit bourg situé entre Rouen et Dieppe. On retrouve ce lieu sur la carte de Cassini de 1770. Lors de nos recherches, l'humble église était en réfection.







Comme Adrien Quevillon se dit aussi habitant et cordier à Montréal au recensement de 1681, ses ancêtres pourraient autrefois venir de la commune de Quevillon, en banlieue sud de Rouen, qui est une région où on trouve une "corderie", comme la corderie royale de Rochefort.
Ici la vieille église de Quevillon et l'hôtel de ville.




 

Après la fin de son engagement comme trente-six-mois, ainsi qu'on appelait les engagés, soit vers 1669, on perd sa trace jusqu'à son mariage avec Jeanne Hunault dit Deschamps le 2 février 1672, alors qu'il se dit habitant.
Il a 27 ans, elle a 14 ans. (voir le dossier du 350e. anniversaire de mariage)
Suivent des naissances à partir de 1673 jusqu'a celle de Catherine en 1686, et les baptêmes de leurs six enfants, les deux premiers à Montréal et les autres à Pointe-aux-Trembles. Il avait acquis une terre à la Coste-St-Dominique qui deviendra en 1687 partie de la nouvelle paroisse de St-Joseph-de-la-Rivière-des-Prairies.

Hunault dit Deschamps
La mère de Catherine, Jeanne Hunault dit Deschamps (1658-1748), est elle aussi fille de pionniers.
Toussaint Hunault dit Deschamps (1628-1690), son père, originaire de St-Pierre-es-Champs, à la frontière de la Normandie et de l'Île-de-France, était arrivé à Ville-Marie comme engagé avec la grande recrue de 1653, levée par le sieur de la Dauversière à partir de La Flèche, à la demande du gouverneur de Montréal, Paul Chomedey de Maisonneuve. On a retrouvé so contrat d'engagement notarié en présence de monsieur Olier. On dira que ce groupe de pionniers sauva Montréal et la Nouvelle-France. En 2003, on a célèbré le 350e anniversaire de cette difficile traversée jusqu'à Montréal, bien décrite dans le site internet: http://www.sgcf.com/recrue/ . Ils furent cent deux hommes et quatorze femmes à s'embarquer à St-Nazaire, le 20 juin 1653, sur le navire St-Nicolas à destination de Québec puis de Montréal. D'autres, surtout des femmes, partirent de La Rochelle.

LORGUEIL
Une des passagères est une jeune fille de 15 ans, Marie Lorgueil (1638-1700), qu'on dit originaire de la ville de Cognac, en Charente, donc assez lointaine de La Flèche mais à proximité de La Rochelle. Comme le patronyme Lorgueil n'existe pas en France à cette époque, on  présume que c'était son surnom et l'on recherche activement son vrai nom et son certificat de naissance.
Une piste est fournie par les noms qui lui sont donnés par son curé et confesseur de Pointe-aux-Trembles dans les actes de ses enfants. Arcueil et.... nous mettent sur la piste de Arcouet, patronyme très fréquent en Charentes. Un soldat du nom de Jean-Baptiste Arcouet, du régiment Carignan-Sallières, natif de Marennes, en Charente, "abjure la religion prétendue réformée" alors qu'il est hospitalisé à l'Hôtel-Dieu de Québec en 1666.

On présume que Marie Lorgueil et Toussaint Hunault ne se connaissaient pas avant le départ, mais ils seront bientôt mariés dans l'église de Ville-Marie le 23 novembre 1654. Le gouverneur De Maisonneuve assiste au mariage.
On peut suivre leur cheminement à travers les archives religieuses et notariales car Toussaint fait de nombreuses transactions de terrains nécessitant souvent des emprunts. Ils ont élevé une  famille de sept enfants qui seront tous mariés. Puis, un jour fatidique de 1690, un lieutenant des Troupes de la Marine, Michel Dumont de Blaignac, fils d'un notable à Paris, le tua d'un coup d'épée et prit la fuite. La veuve éplorée et lourdement endettée dut remettre son droit de recours au créditeur, le marchand Charles De Couagne, qui lui laissa la jouissance de la terre familiale " au bas de l'île". Cette terre de 2 arpents sur 20 apparaît dans le livre terrier des sulpiciens et la carte de Vachon de Belmont de 1702, "depuis la Coulée St-Jean au Bas-de-l'Isle" sous le nom de Hunault. Cinq terres plus à l'est se trouve le petit fort Gervaise de Pointe-aux-Trembles et la terre (sinon l'auberge) des Testard dit Folleville ou régnait l'aguichante Anne Papineau Lamarque, originaire de Bordeaux, demoiselle noble envoyée par le roi, selon les archives du couvent des Ursulines de Québec où elle est étudiante de février à octobre 1663. (aucun lien connu avec Samuel Papineau).
Marie Lorgueil est décédée tout près de là, à l'île Ste-Thérèse, et sera inhumée à Varennes, le 29 novembre 1700.

Certains des enfants Hunault dit Deschamps eurent aussi un destin tragique.
Thérèse Huneault dit Deschamps, mariée à Guillaume Leclerc et mère d'enfants en bas âge, selon l'acte de sépulture à Pointe-aux-Trembles, sera "tuée cruellement dans la grange par les Iroquois, à La Chenaye, le 7 août 1689", trois jours après le terrible massacre de Lachine.

Le rapt des Quevillon.

Jeanne Huneault, et son mari Adrien Quevillon, qui ont six enfants, sont enlevés lors d'attaques iroquoises sur Rivière-des-Prairies et Lachenaye en 1692 et 1693.

Lui est tué et Jeanne Hunault, sa fille Angélique agée entre 11 et 12 ans et Catherine agée entre  6 et 7 ans, sont amenées en captivité. Les autres enfants s'en tirent indemnes sauf leur frère Pierre, 15 ans, qui est blessé serieusement car on le trouve sur la liste des malades de l'Hôtel-Dieu de Québec, entré en date du 24 mai et sorti le 26 juin 1693 après quoi il n'y a plus de trace de lui dans les actes. L'archiviste nous dit que s'il y était mort, on l'aurait inscrit dans les régistres.

La tradition orale relate ainsi le rapt de Catherine: "on brula sa soeur ainée (Angélique) sous ses yeux et elle manifesta tellement de courage qu'ils l'épargnèrent afin d'en faire plus tard la mère de braves Iroquois".
Le même raisonnement de ces barbares a dû s'appliquer à sa mère, Jeanne, alors agée de 35 ans.
Ce rapt se situe entre 1692 ou 1693. 

Voici le scénario le plus probable:

Une bande du chef Chaudière Noire, des Onontagué, une des tribus des cinq nations iroquoises, effectue des attaques surprises sur La Chenaye, Pointe-aux-Trembles et Rivière-des-Prairies entre 1689 et 1693. Ils font beaucoup de victimes chez les habitants comme chez les militaires. Ainsi, lors d'une attaque à la Coulée Groulx de Rivière-des-Prairies où 14 Français sont tués et sommairement enterrés en attendant leur sépulture à Pointe-aux-Trembles en 1694.

À la suite de la campagne décisive menée en 1696 par le gouverneur Frontenac chez les Iroquois, ceux-ci commencent à négocier la paix et à remettre des otages en signe de bonne volonté. Un groupe de onze est remis aux Hollandais du Fort Orange (Albany) et acheminé à Montréal. D'autres otages sont libérés par l'entremise du capitaine Lemoyne de Maricourt, de son nom indien "Stow-Stow" signifiant "Petit Oiseau", lors de négociations chez les Onontagués dont il parle la langue. En même temps, le chevalier de Joncaire, avec l'aide du jésuite Jacques Bruyas, fait de même chez les Tsonontouans. De longs palabres, constamment entravés par les Hollandais d'Orange (Albany) et de Corlaer (Schenectady), ont en effet précédé la signature de la Grande Paix de Montréal en 1701.

En captivité chez les Iroquois, Jeanne Huneault, veuve Quevillon, y épouse le Français Jacques Courval qui a dû y périr car on ne trouve plus trace de lui au retour des captifs vers 1698. Ils auront eu un fils, Louis Augustin Courval, né en captivité, qui est baptisé, sous conditions, à Pointe-aux-Trembles le 4 juin 1698 à l'âge de 18 mois. L'acte mentionne que "les parents ont été mariés chez les Iroquois", donc en début de 1696, correspondant à l'attaque des villages Iroquois par Frontenac.

Peu après son retour à Montréal, la deux fois veuve Jeanne Huneault prend un troisième époux, Pierre Taillefer, soldat du marquis de La Grois, comme Samuel Papineau. Tous deux ont peut-être participé à sa libération chez les Iroquois. Après la démobilisation générale de 1698, il la connaît assez bien pour qu'ensemble ils réclament la dot royale de 50 livres à leur mariage en 1699 et lui, la prime accordée aux soldats qui s'établissent comme habitants. Ils auront un fils, Pierre Taillefer II, qui complètera une famille reconstituée comprenant les six enfants survivants de trois mariages.

En dépit de toutes ces vicissitudes, les familles Quevillon, Huneault et Deschamps auront de nombreux descendants, surtout dans les environs de Montréal, mais aussi ailleurs au Canada et en Amérique, dont une famille Cuvillon devenue célèbre en Louisiane.

Les descendants Papineau voudront retenir l'épopée héroïque de ces trois femmes courageuses dont le sang coule dans leurs veines, la première ancêtre, sa fille et sa petite-fille:

Marie Lorgueil mariée Hunault dit Deschamps,
Jeanne Hunault dit Deschamps mariée Quevillon,
Catherine Quevillon mariée Papineau dit Montigny.
 

(à compléter, en particulier pour les conditions du rapt et du retour de captivité)

sources:
A.- Carte de 1702 de Vachon de Belmont et ses mémoires: Histoire du Canada: il mentionne:
    1.- La femme du meunier qui défend Rivière des Prairies des Iroquois. (Le meunier est Jean Sicard et sa femme Catherine Lauzon, mariés en 1681).
    2.- La femme de Cuillon est enlevée, mais pas de date. Note: Cuillon, Cuvillon sont des déformations de Quevillon.
    3.- On a situé le moulin seigneurial, le Fort des Roches, l'église de Rivière-Des-Prairies et la ferme des Quevillon sur la carte du terrier de Vachon de Belmont de 1702 et sur celle du dénombrement de 1731.
    4.- La carte de Bellin de 1764 indique aussi le fort Des Roches.

B.- Les registres de l'état civil transcrits par le PRDH n'indiquent pas de sépulture pour Adrien Quevillon ni pour sa fille Angélique, non plus que pour Pierre, hospitalisé à l'Hôtel-Dieu de Québec en 1693.
Il est surprenant que l'actes notarié de l'inventaire après décès d'Adrien Quevillon se situe seulement en 1708, une quinzaine d'années après so décès, longtemps après le troisième mariage de sa veuve Jeanne Hunault avec Pierre Taillefer.

C.- Faire la liste des attaques documentées entre 1690 et 1693, dans Vachon de Belmont, Desrosiers, Charlevoix etc. Chercher activement dans les archives des chroniques françaises et anglo-hollandaises les dates exactes de leur capture et de leur libération.

D.- Selon que Catherine Quevillon (1686-1781) a été enlevée en 1692 ou en 1693, elle aura passé six ans ou cinq ans en captivité. Elle aura donc pu beaucoup apprendre des moeurs, coutumes et même la langue des amérindiens. On sait qu'elle a douze ans à sa libération en 1698.
Elle a 17 ans à son premier mariage en 1703 avec Guillaume Lacombe et 18 ans à son deuxième mariage avec Samuel Papineau en juin 1704.
 

E.- Louis-Joseph Papineau, le fils du notaire, écrit dans une lettre du 11 février 1857 à son fils Amédée: "tout ce qu'il y a eu de plus hideux dans les souffrances de nos ancêtres, lors de la première colonisation, entre autres l'enlèvement d'une de nos aïeules maternelles à ce fort de Rivière-des-Prairies, dont nous avons été mesurer les ruines".

 Or au décès de Catherine Quevillon Papineau en 1781, son fils Joseph I (1719-1785) a 62 ans et son petit-fils Joseph II (1752-1841) a 27 ans. Le premier sait lire et écrire et le deuxième qui a fait ses études au Séminaire de Québec est notaire. Il faut donc accorder beaucoup d'importance à la tradition orale des Papineau pour cette période telle qu'elle leur fut racontée par l'aïeule et telle que répétée par Louis-Joseph Papineau, le chef patriote.
 
 
 
 







Voir les transcriptions, revisées par l'auteur, des actes de l'état civil (PRDH de l'Université de Montréal, avec permission) pour  les Hunault dit Deschamps, les Quevillon et les Papineau:
les trois familles d'ancêtres Papineau.
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 Cette chronique de la première génération sera encore plus compréhensible à la lumière d'une meilleure connaissance de ce qu'était la vie à Montréal, en Nouvelle-France, au temps de Samuel Papineau et de Catherine Quevillon, au début du dix huitième siècle.  SUITE>>>