PAPINEAU, JOSEPH, (D.B.C.©, Un. Laval)
arpenteur, notaire, agent seigneurial, homme politique et seigneur,
né le 16 octobre 1752 à Montréal, fils de Joseph Papineau et de Marie-Josephte Beaudry ;
décédé le 8 juillet 1841 au même endroit.

      Le grand-père de Joseph Papineau, Samuel Papineau*, dit Montigny, s’établit au Canada vers la fin du xviie siècle ; après une carrière militaire, il devient cultivateur non loin de Montréal. Son père Joseph cultive aussi la terre mais, après plusieurs échecs, il se tourne vers le métier de tonnelier qu’il exerce à Montréal dans des conditions difficiles. (Note de JYP: l'auteur de ce texte semble ignorer le voyage de 1743 à la traite des fourrures et la série d'achats de terrains par la suite!!!) C’est donc dans un milieu simple et modeste, où la vie est dure et l’argent rare, que Papineau développe très tôt l’ambition d’être quelqu’un, de prouver sa valeur, de devenir riche et puissant. Ce désir de réussir explique sa détermination au travail, son existence renfermée et studieuse. La modestie de son origine pèse lourd à sa fierté et à sa jeune ambition. Il n’est pas exagéré de dire que, doté d’une volonté peu commune, c’est lui qui donnera à la lignée des Papineau son impulsion et son caractère.

      Le père de Papineau veut que son fils suive ses traces et devienne artisan ou cultivateur mais, en 1758, la construction d’une école primaire par les sulpiciens donne à ce dernier la possibilité de prendre une autre orientation. En 1765, au terme de ses études primaires, Papineau poursuit sa formation sous la tutelle de Jean-Baptiste Curatteau*, curé de Longue-Pointe (Montréal). Son intelligence n’échappe pas à la bienveillante sollicitude de Curatteau ; il entrevoit pour lui un brillant avenir et convainc ses parents de l’envoyer, à l’automne de 1767, au petit séminaire de Québec, afin qu’il puisse achever ses études classiques.

      À Québec, l’ardeur de Papineau ne se relâche jamais. Il collectionne les prix et fait l’admiration de ses professeurs et de ses condisciples par son incroyable puissance de travail. Ses succès le rapprochent des prêtres du séminaire qui ont déjà l’œil sur ce brillant jeune homme, sérieux, replié sur lui-même, mais fort doué pour la spéculation philosophique et les mathématiques. L’évolution du jeune Papineau se fait donc sans rupture ni crise profonde, et son aboutissement laisse supposer que le climat religieux et moral du séminaire l’a marqué profondément. Dans ce contexte, ses professeurs n’ont sûrement pas de difficulté à le sensibiliser aux principes de la monarchie de droit divin et aux valeurs sociales d’Ancien Régime.

      En juin 1771, ses études terminées, sans ressources financières, Papineau s’installe chez son père et est mis en face d’un choix de carrière limité : la médecine, le droit ou l’arpentage. En septembre, il s’initie à l’arpentage chez Jean De Lisle* qui exerce aussi la profession de notaire. Il bénéficie de l’érudition scientifique et des vastes connaissances en géométrie de ce dernier ; en peu de temps il est apte à exercer sa profession. Le 20 juillet 1773, il reçoit sa commission d’arpenteur et jusqu’en 1775 il accomplit cette tâche à plein temps. Son entrée dans la bourgeoisie des professions libérales signifie qu’à ce moment-là la famille Papineau s’engage dans un processus d’ascension sociale.

      À titre d’arpenteur, Papineau fait preuve d’un remarquable esprit systématique. Exigeant pour lui-même comme pour les autres, il déteste le travail superficiel et bâclé, et n’hésite pas à reprendre ce qui lui semble imparfait. Ses qualités professionnelles retiennent rapidement l’attention des sulpiciens, propriétaires de plusieurs seigneuries dans le district de Montréal. Pendant deux ans, Papineau travaille exclusivement pour eux : il vérifie les contours de leurs seigneuries, exécute plusieurs plans et mesure les limites de plusieurs censives. Les relations étroites qu’il noue avec cette importante communauté religieuse lui permettent de mettre à profit ses connaissances en matière de seigneurie et de système seigneurial, et de se bâtir une importante clientèle dans la région de Montréal. Travailleur et économe, il a déjà acquis quelques terrains et bâtiments dans la ville de Montréal.

      Cependant, Papineau n’est pas satisfait. La profession d’arpenteur est absorbante et nécessite de longs et difficiles déplacements. Depuis longtemps, le notariat l’attire et lui semble plus près de ses goûts et de son tempérament. En 1775, l’année qui suit la reconnaissance du droit français par l’Acte de Québec, Papineau, sans délaisser ses activités d’arpenteur mais pleinement conscient des possibilités qu’offre la pratique notariale, s’engage à faire un stage de clerc d’une durée de cinq ans chez De Lisle. Au moment de la guerre contre les Américains en 1776, il interrompt ses études et se voue à la défense de la colonie. Chargé de porter des dépêches militaires au gouverneur Guy Carleton*, il se révèle digne de confiance et ardent partisan de la monarchie et des valeurs aristocratiques. Il espère sans doute en la retombée prochaine des faveurs gouvernementales. Malgré sa loyauté, il n’obtiendra pas de contrat d’arpentage de l’administration publique et devra travailler presque exclusivement pour des seigneurs et des particuliers.

      La carrière de Papineau est toutefois facilitée par son mariage, le 23 août 1779, avec Rosalie Cherrier, fille de François-Pierre Cherrier*, ancien marchand devenu l’un des notaires les plus en vue de la région du Richelieu et un homme riche ; il a déjà marié l’une de ses filles au chirurgien Jacques Larthigue et une autre au marchand Denis Viger*. Papineau entre ainsi dans une famille fortunée et influente. La dot de la future épouse confirme d’ailleurs la qualité de cette alliance et les avantages économiques que Papineau en retire.

      Le 18 juillet 1780, Papineau reçoit la commission de notaire qui l’autorise à exercer dans toute la province de Québec. Déjà, il dispose d’importantes économies, puisque peu après son mariage il a acheté la maison de son père qu’il a fait transformer en une luxueuse maison de pierre de deux étages. C’est là qu’il ouvre son bureau et rédige son premier acte le 5 août 1780, prélude d’une carrière exceptionnellement longue et fructueuse, échelonnée sur plus de 60 ans et au cours de laquelle il dressera plus de 5 000 actes. Sa clientèle se répartit dans un espace géographique très vaste qui couvre la ville de Montréal et ses faubourgs, ainsi que les seigneuries de Saint-Hyacinthe, de l’Île-Jésus, Saint-Sulpice, des Mille-Îles, du Lac-des-Deux-Montagnes, de la Petite-Nation et celles qui sont situées sur les rives du Richelieu ; elle se recrute aussi dans toutes les couches sociales. Sa pratique notariale se divise en deux périodes bien distinctes l’une de grande activité, qui va de 1781 à 1803, l’autre plus calme, qui s’échelonne de 1804 à 1841.

      Dès le début de sa carrière, Papineau compte parmi ses clients les sulpiciens du collège Saint-Raphaël (aussi appelé collège de Montréal) et plusieurs de leurs censitaires, qui viennent le consulter pour la vente de terres ou la ratification de titres. Sa clientèle s’accroît rapidement, et il fait de plus en plus affaire avec des artisans de la ville et des cultivateurs des environs. De 1781 à 1788, il rédige en moyenne 147 actes par année. Son étude est un observatoire et un moyen efficace de se bâtir un réseau d’influences, voire d’établir des liens de domination.

      Cet aspect de ses activités professionnelles amène Papineau à s’intéresser aux affaires publiques. Dès novembre 1784, il se joint au comité réformiste canadien qui regroupe les forces bourgeoises francophones et anglophones. Il joue même un rôle important dans le regroupement du mouvement réformiste de Montréal et de Québec en participant à la rédaction de la pétition du 24 novembre 1784 qui vise à sensibiliser les autorités métropolitaines au projet d’établissement d’une chambre d’Assemblée dans la colonie. Même si Papineau a été formé au contact des institutions monarchiques et est attaché aux valeurs d’Ancien Régime, il n’hésite pas dans ce débat politique à se ranger du côté de la bourgeoisie. Sans doute croit-il que l’établissement d’une Assemblée est le meilleur moyen de préserver les droits de la collectivité d’expression française. En outre, il est fort probable qu’il veuille entretenir des relations avec le petit groupe privilégié des marchands de Montréal, qu’ils soient francophones ou anglophones. D’ailleurs, à partir de 1787, sa clientèle urbaine s’élargit et s’étend aux marchands, aux constructeurs et aux spéculateurs immobiliers.

      En 1788, à la demande des autorités du séminaire de Québec, Papineau administre la seigneurie de l’Île-Jésus et celle de la Petite-Nation qui est encore inexploitée. La même année, les sulpiciens lui confient plusieurs fonctions administratives dans leurs seigneuries. Grâce à sa bonne gestion, il gardera ces postes jusqu’au début du xixe siècle. Mais c’est à titre d’administrateur de la seigneurie de l’Île-Jésus que Papineau se distingue d’une façon particulière. Il obtient d’abord de la part du procureur du séminaire, qui réside à Québec, une large liberté de manœuvre et devient en pratique le seul maître de l’exploitation. C’est lui qui concède les terres, perçoit les redevances fixes, surveille les mutations pour toucher les lods et ventes, vend le blé de rente et de mouture, veille au bon fonctionnement des moulins et à leur entretien. En plus de bien diriger la seigneurie, il en modifie profondément la gestion : d’une part, dans le sens de la rationalisation, notamment lorsqu’en 1804 il entreprend à ses frais la construction d’un deuxième moulin pour mieux desservir les censitaires et vendre le blé à Montréal et à Québec ; d’autre part, dans le sens du durcissement des modes d’exploitation, par exemple lorsqu’il augmente les rentes et exige le rétablissement de tous les autres droits seigneuriaux.

      Agent de ces puissances foncières que sont les communautés religieuses, Papineau en tire avantages économiques et influences. Il en profite aussi pour élargir son champ d’action comme notaire et parfaire ses connaissances des questions seigneuriales. Ainsi de 1789 à 1803 sa clientèle augmente de plus de 40 % dans les seigneuries de l’Île-Jésus, du Lac-des-Deux-Montagnes et Saint-Sulpice. De même, il ne peut manquer de profiter des réseaux d’information privilégiés qui se tissent autour de ses multiples fonctions. Notaire, arpenteur, agent seigneurial, en rapport constant avec les propriétaires fonciers et les marchands influents, situé en quelque sorte au carrefour de trois catégories sociales – petite noblesse seigneuriale, clergé, bourgeoisie –, Papineau est mieux placé que quiconque pour tirer profit du régime seigneurial et de son mode d’exploitation. À la fin du xviiie siècle, au moment où le nombre des censitaires augmente d’une façon considérable et que le marché des terres est fort actif, il jouit de positions privilégiées pour effectuer plusieurs opérations foncières tant à la ville qu’à la campagne.

      Au départ, les sommes que Papineau investit dans la propriété foncière sont relativement faibles (moins de 2 000ll jusqu’en 1788), mais ensuite il fait de brillantes affaires : entre 1788 et 1803, il effectue des achats de terres dont le montant global dépasse 50 000ll. Il parvient ainsi à posséder un ensemble de propriétés qui font sa fierté : quelques terrains et maisons dans la ville de Montréal, plusieurs parcelles de terre dans le faubourg Sainte-Marie de Montréal ainsi qu’un ensemble de biens-fonds à Saint-Martin (Laval). Les prêts à intérêt, pour leur part, représentent un débours de plus de 3 000ll. Papineau continue malgré l’ampleur de ses affaires à avancer fréquemment de petites sommes d’argent à des cultivateurs, des artisans et des journaliers.

      Tout en poursuivant ses multiples occupations, Papineau suit de près la vie politique. En 1791, l’avènement d’un régime constitutionnel qui établit une chambre d’Assemblée dans le Bas-Canada l’incite à se lancer dans l’arène politique. Afin de s’initier au fonctionnement de ce nouveau régime, il doit d’abord faire l’apprentissage de la procédure et d’un ensemble de concepts qui sont nouveaux pour lui. Intéressé par les théoriciens du parlementarisme, il acquiert une connaissance remarquable des auteurs anglais, entre autres John Locke et sir William Blackstone, qu’il lit et commente avec toute la minutie dont il est capable. À quoi s’ajoutent l’étude passionnée du droit naturel dans le volume de Burlamaqui ainsi que celle d’un bon nombre de philosophes français de l’époque, en particulier Bonnot de Mably, Bernardin de Saint-Pierre, Montesquieu, Voltaire et Rousseau. Papineau découvre la notion de souveraineté populaire et devient rapidement un admirateur des institutions britanniques. Toutefois, il n’est pas pour autant partisan de la démocratie et encore moins du républicanisme. Imbu d’un certain libéralisme, ayant rompu avec la tradition absolutiste, il demeure un monarchiste modéré. Selon lui, le modèle politique par excellence réside dans la monarchie constitutionnelle anglaise qui a su maintenir l’équilibre entre les valeurs aristocratiques et bourgeoises en évitant le radicalisme outré et la liberté excessive de la France révolutionnaire. Par ailleurs, la lecture des philosophes du xviiie siècle amène Papineau à s’éloigner de la pratique religieuse, malgré les remords qu’il éprouve vis-à-vis de sa mère et de sa femme, toutes deux d’une grande dévotion. Bien qu’il n’ait plus l’âme religieuse, il n’abandonnera le catholicisme que vers les années 1810 pour y revenir à la fin de sa vie.

      En politique, Papineau connaît une carrière importante, mais sans grand éclat. D’abord facilement élu dans la circonscription de Montréal en 1792, grâce à l’appui de plusieurs marchands canadiens et britanniques, il est élu sans opposition dans Montréal-Est en 1796. Afin de consacrer plus de temps à ses affaires personnelles, il ne compte pas briguer les suffrages aux élections de juillet 1800, mais les électeurs ne l’entendent pas ainsi, et Papineau se retrouve de nouveau député de Montréal, malgré lui. Cette vie le laisse insatisfait et lui apparaît comme un devoir. Préoccupé avant tout de sa carrière professionnelle, il s’absente souvent de la chambre d’Assemblée. En 1801, par exemple, il ne participe pas au débat relatif à l’implantation de l’Institution royale pour l’avancement des sciences [V. Joseph Langley Mills*]. Cependant, il sait intervenir au moment opportun. Ainsi en 1793, au moment du débat sur la langue de la législation et des délibérations de l’Assemblée – dont le tiers seulement des députés est anglophone –, Papineau proteste de toutes ses forces contre la proposition qui veut qu’on rédige uniquement en anglais les procès-verbaux de l’Assemblée. Grâce, entre autres, à son intervention, la chambre décide qu’ils seront rédigés soit en français soit en anglais, selon qu’ils touchent au droit civil français ou au droit criminel anglais. Sur des questions moins importantes, il partage ses votes entre le groupe des Britanniques et celui des Canadiens. Manifestement, à cette époque, Papineau fait l’apprentissage du système parlementaire et ne se définit pas encore totalement par opposition à la bourgeoisie anglophone.

      Comme Papineau a obtenu en 1801 du séminaire de Québec une partie de la seigneurie de la Petite-Nation, en compensation d’honoraires, puis a acheté le reste deux ans plus tard, il est de moins en moins intéressé à siéger et ne se représente pas aux élections de 1804. Son départ de la scène politique se produit au moment où la bourgeoisie des professions libérales francophone prend conscience de son appartenance à une nation canadienne et veut imposer ses vues et son leadership politique. Une lutte sans merci s’engage entre le parti canadien et les marchands et bureaucrates anglophones qui remettent en question les institutions traditionnelles et utilisent l’appareil politique en vue de se constituer en classe dominante. Cette rivalité pour la mainmise sur les institutions politiques rend impossible le bon fonctionnement de l’Assemblée.

      C’est dans cette atmosphère survoltée que Papineau, à la demande de plusieurs électeurs de la circonscription de Montréal-Est, revient à l’action politique à la fin de l’année 1809. Même s’il désapprouve les orientations prises par plusieurs députés de la région de Québec, il est déterminé à trouver une solution à la crise politique qui secoue l’Assemblée bas-canadienne. En 1810, l’emprisonnement de Pierre-Stanislas Bédard*, leader du parti canadien, rend sa tâche encore plus difficile. La députation francophone réclame la libération de Bédard, afin qu’il puisse reprendre son siège. Appuyé par son fils Louis-Joseph*, élu lui aussi en 1809, Papineau exige une enquête sur les principaux faits et gestes du gouverneur sir James Henry Craig*. Insatisfait des réponses reçues, il plaide en vain la cause de son collègue auprès de Craig.

      Néanmoins, la menace américaine et l’arrivée d’un nouveau gouverneur, sir George Prévost*, reconnu pour ses idées conciliatrices, ont pour effet d’assainir l’atmosphère politique. La fin de la crise parlementaire précipite la fin du leadership de Bédard et ouvre la voie aux ambitions de Louis-Joseph Papineau. En 1815, on l’élit président de la chambre d’Assemblée et, avec la bénédiction de son père, il s’affirme de plus en plus comme le nouveau leader des Canadiens. Louis-Joseph est l’héritier désigné, porteur des espérances familiales sur le plan politique. À la même époque, Denis-Benjamin* administre la seigneurie de la Petite-Nation, André-Augustin est notaire et marchand à Saint-Hyacinthe où habite sa sœur Marie-Rosalie, qui épousera en 1816 le seigneur Jean Dessaulles*, et Toussaint-Victor étudie au petit séminaire de Montréal et se destine à la prêtrise. L’ascension sociale de la famille Papineau est de plus en plus une œuvre collective, à laquelle chacun contribue selon ses facultés et ses capacités. Dans cet élan, les forts entraînent les faibles, et tous profitent dans une certaine mesure de la réussite et des nombreuses relations du père. Papineau est assez proche de ses enfants pour recevoir leurs confidences, mais garde assez de réserve pour empêcher rivalités et excès d’enthousiasme. Conscient de ses responsabilités, il a véritablement assuré l’avenir de la lignée où prédominera de plus en plus l’esprit de clan. Sa réussite financière et son influence ont déterminé l’image de cette famille qui marquera le destin socio-politique du Bas-Canada et du Québec pendant plus d’un siècle.

      En 1814, à l’expiration de son mandat de député, Papineau se retire définitivement de la scène politique et concentre son énergie sur la gestion de sa seigneurie de la Petite-Nation. Déjà, une trentaine de colons y sont installés et on a construit deux moulins sur la rivière Petite Nation. Précis et méticuleux, Papineau a fait arpenter plusieurs terres et dresser le plan du territoire occupé. Depuis quelques années, l’exploitation de la forêt seigneuriale alimente un important commerce de bois. Toutefois, le maintien des droits seigneuriaux demeure sa préoccupation majeure. La rédaction des contrats de concession, la mise à jour des taxes de mutation ainsi que la perception régulière des redevances seigneuriales visent à obtenir le maximum des censitaires et à assurer une saine gestion de la seigneurie. Dès le début, les principaux objectifs de Papineau étaient de donner à ses droits une assise solide et de jeter les bases d’une administration efficace, de manière à faire de lui un seigneur tout-puissant. Avant tout percepteur de la rente, il se trouve dans une situation de classe bien caractérisée : celle de l’homme qui s’approprie une part du produit du travail paysan au moyen de la servitude seigneuriale. À cette époque, Papineau continue de placer son argent dans la terre et devient un important spéculateur foncier dans le faubourg Sainte-Marie et à Saint-Martin. Le mode de constitution de son immense fortune essentiellement foncière demeure traditionnel. Au bout du compte, ses attitudes et ses gestes ont concrétisé ses aspirations aristocratiques et nobiliaires.

      En 1817, Joseph Papineau vend la seigneurie de la Petite-Nation à son fils Louis-Joseph pour la somme de £500 et se consacre à sa profession. Il n’en continue pas moins de jouer un certain rôle dans l’administration de la seigneurie, en prodiguant dans ses lettres aide et conseils à Denis-Benjamin, qui est resté l’administrateur de l’exploitation. Âgé de 65 ans, il ralentit aussi ses affaires dans le domaine foncier et commence à liquider ses biens. Sur le plan professionnel, cependant, Papineau demeure fort actif, puisque, pendant les 24 dernières années de sa vie, il rédigera pas moins de 1 000 actes. Considéré comme la fine fleur du notariat, il est mêlé de plus en plus à des causes complexes qui concernent de difficiles successions de familles de la bourgeoisie et de la petite noblesse seigneuriale. Qu’une affaire paraisse embrouillée, et l’on recourt à son bon jugement et à son esprit de discernement. En qualité d’arpenteur, il détermine le tracé de plusieurs routes et fait le levé de plusieurs seigneuries du district de Montréal.

      Papineau suit aussi de près les événements politiques. La radicalisation de la députation francophone dans les années 1830 l’inquiète. Il n’approuve pas les prises de position de son fils qui parle de démocratie, de constitution républicaine, de souveraineté populaire, d’émancipation de l’État, d’enseignement laïque, de séparation de l’Église et de l’État. Admirateur des institutions britanniques, Papineau maintient sa foi en la métropole et se fait le partisan de réformes constitutionnelles dans le Bas-Canada car, à ses yeux, c’est la minorité anglophone de la colonie qui représente une menace à la survie de la collectivité francophone. Pendant les rébellions de 1837–1838, malgré qu’il soit le père de Louis-Joseph, il n’est pas inquiété par les autorités britanniques. En 1838, à l’âge de 86 ans, il se rend à Saratoga (Schuylerville, New York) où son fils s’est réfugié après la défaite de 1837. Craignant que le gouvernement ne confisque ses biens, il lui conseille de vendre rapidement la Petite-Nation.

      À la fin de sa vie, Papineau, qui a déjà avantagé tous ses enfants, n’est pas dépourvu de tout bien. Le montant de ses créances, 2 281ll, est assez élevé, mais normal à la fin d’une carrière. Quant à la valeur de ses biens meubles et immeubles, elle se chiffre à £1 796. Sa bibliothèque compte plus de 200 volumes très divers : des ouvrages de droit anglais et français voisinent les œuvres complètes de Rousseau, de Raynal et de Voltaire ainsi que des livres sur le médecin herboriste, l’art des forges et du meunier, le parfait négociant et les recréations mathématiques.

      Miné par une grave maladie supportée sans mot dire et marqué par les événements douloureux de 1837–1838, Papineau se tourne vers la religion. Peu avant sa mort, survenue le 8 juillet 1841, il rencontre Mgr Ignace Bourget*, évêque de Montréal, et se réconcilie avec le catholicisme.

      Joseph Papineau représente la première génération d’une famille dont l’élévation sociale, la fortune, l’orientation de l’action et des choix politiques sont caractéristiques de certaines élites de son temps. Par ses qualités et ses talents propres, par ses relations et les appuis que celles-ci lui procurent, il engage la lignée dans un processus d’ascension sociale et pose les fondements de sa fortune. Cependant, sa carrière fulgurante et ses multiples occupations rendent difficile toute classification sociale précise. Par sa culture, Papineau est manifestement un homme du début du xixe siècle, sensible à certains aspects des Lumières et vivant dans une atmosphère intellectuelle et politique propice à l’ébranlement des vieilles structures. Par contre, à titre de propriétaire d’une seigneurie, de défenseur des droits seigneuriaux et d’une gestion de type traditionnel qui s’apparente à celle de la petite noblesse seigneuriale, il appartient aussi au passé. Tout compte fait, il se trouve au carrefour de plusieurs modèles sociaux qui caractérisent la société coloniale en mutation.

Richard Chabot

 Les procès-verbaux d’arpentage de Joseph Papineau, rédigés entre 1773 et 1775, sont conservés aux ANQ-M, sous la cote CA1-71, et son minutier, qui contient 5 564 actes passés entre 1780 et 1841, est conservé aux ANQ-M, sous la cote CN1-313.

      ANQ-M, CE1-51, 16 oct. 1752, 8 juill. 1841 ; CE2-12, 23 août 1779 ; CN1-16, 18–19, 22 sept. 1800, 22 mai 1809, 18 août 1813, 26 oct. 1814, 7 mars, 5 avril, 24 juill. 1815 ; CN1-74, 23 juill. 1798 ; CN1-108, 15 sept. 1748, 16 juill. 1753 ; CN1-128, 7 oct. 1796 ; CN1-134, 8, 29 juill. 1822, 7 janv., 24, 28 oct. 1825 ; CN1-158, 18 oct. 1777, 13 avril 1779 ; CN1-194, 23 nov. 1801, 12 janv., 23 déc. 1803, 13 sept. 1804, 1er juin 1805, 4 août 1806, 30 oct. 1807, 3 mars, 17 oct. 1808, 15, 18, 24 févr., 8, 21 mars, 6, 14, 17 avril, 17 juin, 19 août 1809, 24 avril, 10, 29 mai, 7, 30 juin, 18, 20 oct., 5 déc. 1810, 3 avril, 7 juill., 18 août, 15 oct. 1811, 16 juill. 1814, 7 août 1815, 1er, 12 févr. 1816, 7 juill., 18 nov. 1817, 17 oct. 1818 ; CN1-310, 25 déc. 1841 ; CN1-317, 10 oct. 1818 ; CN1-385, 12–13 nov. 1829, 18 sept., 4, 9, 20 oct., 15 nov. 1830, 5 avril 1831, 16 avril, 25 mai 1832, 13 janv. 1835, 19 janv. 1838, 22 nov. 1839, 2 juill. 1840.— APC, MG 24, B2 : 6–25, 78–81, 86–89, 178–181, 212–214, 239, 280–283, 288–290, 293–294, 303–305, 328–331, 433–437, 506–513, 528–531, 550–553, 558–561, 945–947, 1065–1068, 1190–1193, 1354–1357, 1369–1372, 1381–1382, 1435–1438, 1553–1556, 1610–1613, 1774–1777, 2009–2016, 2018–2021, 2041–2044, 2054–2057, 2066–2069, 3018–3020, 3050–3057, 3073–3079, 3084–3086, 3091–3094, 3115–3122, 3145–3148, 3157–3160, 3165–3168, 3183–3190, 3194–3197, 3345–3348, 3371–3374, 3395–3400, 3413–3416, 3465–3468, 3503–3506, 3519–3521, 3548–3551, 3576–3579, 5305–5309, 5329–5331, 5340–5342, 5369, 5486, 5840–5843, 6821–6824 ; L3, 37, 24 avril 1783 ; 39, 13 sept. 1796 ; 44, 9 juin 1787 ; 48, 26 nov. 1787 ; MG 30, D1, 23 : 775–819 ; RG 1, E3, 101 : 55–58 ; RG 4, 138 : 98–99 ; RG 68, General index, 1651–1841.— ASQ, C 36 ; C 37 ; Polygraphie, VI, no 18 ; XXVII, no 76 ; S, 2–3 ; Séminaire, 40, nos 22, 22B–22D, 22F–22P ; 82, nos 2–3, 6, 13, 13C, 16C, 16E–16F, 16H–16M ; 120, nos 401, 407–409, 426 ; 121, nos 395–396, 398–402 ; 122, nos 73, 76, 139–141, 192, 500 ; SME, 17 mars, 21 avril 1788, 21 avril 1793, 26 mars 1794, 22 oct., 9 déc. 1798, 4 mai 1801, 27 juin 1802.— ASSM, 8, A, carton 28 ; 9.— Joseph Papineau, « Correspondance de Joseph Papineau (1793–1840) », Fernand Ouellet, édit., ANQ Rapport, 1951–1953 : 160–300.— L.-O. David, Biographies et Portraits (Montréal, 1876), 1–19.— Desjardins, Guide parl.— Claude Baribeau, la Seigneurie de la Petite-Nation, 1801–1854 ; le rôle économique et social du seigneur (Hull, Québec, 1983), 21–27, 61–73, 81–83.— L.-O. David, Les Deux Papineau (Montréal, 1896), 5–43.— Gérard Parizeau, la Société canadienne-française au XIXe siècle : essai sur le milieu (Montréal, 1976), 383–413.— Rumilly, Papineau et son temps.— [R.] C. Harris, « Of poverty and helplessness in Petite-Nation », CHR, 52 (1971) : 23–50.— Fernand Ouellet, « Joseph Papineau et le Régime parlementaire (1791) », BRH, 61 (1955) : 71–77.— D.-B. Papineau, « Samuel Papineau », BRH, 39 (1933) : 331–339.

 




English translation (B.D.C.© U.of Toronto)
PAPINEAU, JOSEPH, surveyor, notary, seigneurial agent, politician, and seigneur; b. 16 Oct. 1752 in Montreal, son of Joseph Papineau and Marie-Josephte Beaudry;
d. there 8 July 1841.

   Joseph Papineau’s grandfather, Samuel Papineau*, dit Montigny, settled in New France in the late 17th century; after a military career he took up farming not far from Montreal. Joseph’s father was also a farmer, but after several set-backs became a cooper, practising his craft in Montreal under difficult conditions. (Note by JYP: The author has overlooked the 1743 contract to do the fur trade, all the way to present day Green Bay, Wisconsin. Joseph must have done very well because upon his return and before his wedding in 1749, he was very active in buying property in Montréal). Brought up in modest circumstances where life was harsh and money hard to come by, young Joseph resolved to prove his worth, to become rich and powerful. This desire to succeed explains the determination with which he worked and his withdrawn and studious existence. His humble birth weighed heavily on his pride and youthful ambition. It is no exaggeration to say that his uncommon will-power gave the Papineau line its impetus and its character.

      Papineau’s father wanted him to follow in his footsteps and become a craftsman or a farmer, but when in 1758 the Sulpicians built a primary school, another direction opened up for him. At the end of his elementary studies in 1765, Papineau continued his education under Jean-Baptiste Curatteau*, the parish priest of Longue-Pointe (Montreal). His intelligence did not go unnoticed by the kindly and solicitous Curatteau, who, anticipating a bright future for him, persuaded his parents to send him to the Petit Séminaire de Québec in the autumn of 1767 so that he could complete his classical studies.

      At Quebec, Papineau’s enthusiasm never flagged. He took prize after prize and his incredible capacity for work won the admiration of his teachers and schoolmates. His successes brought him into close contact with the priests at the seminary; already they were keeping an eye on him as a brilliant young man who was serious, introverted, and yet highly gifted for philosophical speculation and mathematics. Papineau’s development proceeded without break or crisis, and he presumably remained deeply marked by the religious and moral climate at the seminary. In that context his teachers surely would have had no difficulty in making him aware of the divine right of kings and the social values of the ancien régime.

      Having no financial resources, Papineau went home in June 1771 after his studies finished. He found himself faced with a limited choice of careers: medicine, law, or surveying. In September he began to train as a surveyor with Jean De Lisle*, who also practised as a notary. Profiting from De Lisle’s scientific erudition and extensive knowledge of geometry, he soon qualified himself. He received his surveyor’s commission on 20 July 1773 and worked full time until 1775. His entry into the professional bourgeoisie signified that the Papineau family was beginning its rise.

      As a surveyor Papineau revealed an unusual mind of a systematic bent. Equally demanding of himself as he was of others, he detested superficial, careless work, and he did not hesitate to redo whatever seemed imperfect to him. His professional qualities rapidly attracted the attention of the Sulpicians, who owned several seigneuries in the Montreal region. For two years Papineau was employed exclusively by them. He surveyed the boundaries of their seigneuries, making a number of plans, and checked the limits of various censives (seigneurial areas). The close relations he established with this important religious community enabled him to apply his knowledge of seigneurial matters and the seigneurial system and to build up a large practice around Montreal. Hardworking and thrifty, he had already bought some lots and buildings in the town itself.

      Papineau was not satisfied, however. Surveying was time-consuming and entailed lengthy, difficult trips. The profession of notary had long attracted him and seemed more suited to his tastes and temperament. When French civil law gained recognition through the Quebec Act of 1774, Papineau was fully aware of the prospects in notarial work. He bound himself to article with De Lisle for five years beginning in 1775, although he did not abandon his activities as a surveyor. At the outbreak of war with the Americans in 1776, he interrupted his studies and devoted himself to the colony’s defence. Given the task of carrying military dispatches to Governor Guy Carleton*, he showed himself worthy of trust and an ardent supporter of the monarchy and aristocratic values. He probably hoped to benefit from patronage in the near future but, despite his loyalty, he did not obtain any surveying contracts from the government and had to work almost exclusively for seigneurs and private individuals.

      Papineau’s career was, however, furthered by his marriage on 23 Aug. 1779 with Rosalie, daughter of François-Pierre Cherrier*. A former merchant who had become one of the most prominent notaries in the Richelieu region and a wealthy man, Cherrier had already acquired surgeon Jacques Larthigue and merchant Denis Viger* as sons-in-law. Papineau was thus entering a prosperous and influential family. His wife’s dowry is evidence of the importance of this alliance and of the economic benefits Papineau derived from it.

      On 18 July 1780 Papineau received a commission authorizing him to practise as notary throughout the province. Evidently he had substantial savings at his disposal, since shortly after his marriage he had bought his father’s house and transformed it into a luxurious two-storey stone dwelling. Opening an office in it, he drew up his first deed on 5 Aug. 1780, the prelude to an exceptionally long and profitable career of more than 60 years which would see him prepare in excess of 5,000 instruments. His clients were drawn from an immense area that included Montreal and its suburbs, as well as the seigneuries of Saint-Hyacinthe, Île-Jésus, Saint-Sulpice, Mille-Îles, Lac-des-Deux-Montagnes, and Petite-Nation, and those along the Richelieu; they also came from all classes of society. His practice was divided into two distinct periods: a busy one from 1781 to 1803, and a quieter one from 1804 to 1841.

      From the start Papineau served the Sulpicians of the Collège Saint-Raphaël (also called the Collège de Montréal) and a number of their censitaires, who consulted him about land sales and confirmation of title-deeds. His clientele grew rapidly, and he dealt increasingly with craftsmen in the town and farmers round about. From 1781 to 1788 he drew up an average of 147 acts annually. His office served as an observation post and provided an effective way of building up a network of influence.

      This side of his professional activities led Papineau to an interest in public affairs. In November 1784 he joined the Canadian reform committee, which included both English- and French-speaking bourgeois members. He himself was instrumental in bringing together the Montreal and Quebec reform movements by helping to prepare a petition of 24 Nov. 1784, which was designed to gain the sympathy of the imperial authorities for the idea of instituting a house of assembly. Although Papineau had been educated within the framework of monarchical institutions and was attached to the values of the ancien régime, in this political debate he unhesitatingly sided with the bourgeoisie. He probably saw an assembly as the best means of protecting the rights of the French-speaking community. In addition, he likely wanted to maintain relations with the small, privileged group of Montreal merchants, whether French- or English-speaking. From 1787 his urban practice was growing and included merchants, builders, and land speculators.

      In 1788, on behalf of the Séminaire de Québec, Papineau managed the seigneury of Île-Jésus and also that of Petite-Nation, which was not yet being developed. In the same year, the Sulpicians entrusted a number of administrative duties in their seigneuries to him. His efficiency guaranteed him these posts until early in the 19th century. It was as manager of the seigneury of Île-Jésus that Papineau distinguished himself particularly. Initially he was given considerable freedom of action by the seminary’s bursar, who lived at Quebec, and in practice he assumed charge of development. He made the land grants, received fixed dues, kept an eye on property transfers so as to collect the lods et ventes, sold the wheat that was taken in as rent and as miller’s fees, saw that the mills operated properly and were maintained. In addition to running the seigneury well, he radically changed its management. On the one hand he sought to rationalize production, for example by building a second mill in 1804 at his own expense to serve the censitaires better and sell wheat at Montreal and Quebec; on the other hand he worked to achieve a firmer control, for instance by increasing rents and re-instituting all the other seigneurial rights.

      From his role as the agent of religious communities which were powers in the field of real estate, Papineau acquired economic advantages and means of influence. He also used his situation to broaden his scope as a notary and perfect his knowledge of seigneurial matters. As a result, in the period 1789–1803 his clientele increased by more than 40 per cent in the seigneuries of Île-Jésus, Lac-des-Deux-Montagnes, and Saint-Sulpice. Naturally he profited from the privileged means of gathering information that were provided by his multiple functions. As a notary, surveyor, and seigneurial agent who kept in constant touch with influential landowners and merchants and was in a position to interact with the seigneurial gentry, the clergy, and the bourgeoisie, Papineau was better situated than others to benefit from the seigneurial régime and its mode of operation. In the late 18th century, when there was a sizeable increase in the number of censitaires and the real estate market was flourishing, he was well placed to conduct numerous property transactions in both town and country.

      At the outset, the sums Papineau invested were relatively small (less than 2,000 livres before 1788), but his later efforts were impressive. Between 1788 and 1803 he made land purchases worth more than 50,000 livres. He thus gained possession of an estate that was his pride and joy: a few lots and houses in Montreal itself, several parcels of land in the faubourg Sainte-Marie, and a group of properties in Saint-Martin (Laval). More than 3,000 livres was put out in interest-bearing loans. Despite the scale of his business dealings, Papineau continued lending small sums to farmers, craftsmen, and labourers.

      While engaged in these varied occupations, Papineau was also following political life closely. The advent in 1791 of a constitutional régime with a house of assembly prompted him to enter politics. To learn how the new system worked he had to be initiated into a whole set of concepts and procedures. His interest aroused by the theorists of parliamentary government, he acquired a knowledge of English writers such as John Locke and Sir William Blackstone, whom he read and commented upon in minute detail. With great enthusiasm, he studied Burlamaqui’s volume on natural law and the works of a good many French philosophes, in particular Bonnot de Mably, Bernardin de Saint-Pierre, Montesquieu, Voltaire, and Rousseau. Papineau discovered the idea of the sovereignty of the people and quickly came to admire British institutions. However, democracy found no favour in his eyes, and still less republicanism. Having broken with the absolutist tradition and become imbued with a certain liberalism, he remained a moderate monarchist. For him, the ideal political model was to be found in the British constitutional monarchy, which had maintained a balance between aristocratic and bourgeois values while avoiding the extreme radicalism and excessive liberty of revolutionary France. Again, reading the 18th-century philosophes led Papineau to distance himself from religious observances, despite the remorse that he felt with regard to his mother and his wife, who were both devout. Although he was no longer drawn to religion, he did not give up Catholicism until the 1810s, and he would return to it at the end of his life.

      Papineau had a significant though unspectacular career in politics. He easily gained election to the House of Assembly for Montreal riding in 1792 through the backing of various Canadian and British merchants. In 1796 he won by acclamation in Montreal East. To have more time for his personal affairs he planned not to run in the July 1800 elections. But the voters would not hear of it and Papineau was again returned for Montreal, against his will. Political life left him dissatisfied – he saw it as a duty. Absorbed in his professional career, he was often absent from the assembly. In 1801, for example, he took no part in the debate on the creation of the Royal Institution for the Advancement of Learning [see Joseph Langley Mills*]. However, he knew how to intervene at the right moment. For instance, in 1793, at the time of the debate on the language to be used in legislation and in the deliberations of the assembly – where only a third of the members were English-speaking – Papineau fought with all his might against a motion that its proceedings be recorded in English alone. Thanks to his efforts and those of others, the house decided to have proceedings recorded in either French or English, according to whether they concerned French civil law or English criminal law. On less important matters he split his votes between the British and the Canadian groups. Clearly in this period Papineau was gathering a working knowledge of the parliamentary system and did not yet fully identify himself as an opponent of the English-speaking bourgeoisie.

      Since he had acquired some part of the seigneury of Petite-Nation from the Séminaire de Québec in 1801 in lieu of fees, and the rest by purchase two years later, Papineau felt less and less interested in sitting in the assembly and did not run in the 1804 election. His departure from the political scene came at a time when the French-speaking professional bourgeoisie was becoming aware of belonging to a Canadian nation and eager to impose its views and its political leadership. A merciless struggle had begun between the Canadian party and the English-speaking merchants and officials who were challenging traditional institutions and using political machinery in order to make themselves the dominant class. This competition to control political institutions made it impossible for the assembly to function properly.

      It was in this heady atmosphere that Papineau returned to active politics late in 1809 at the request of certain voters in Montreal East. Although he disapproved of the tack taken by some members from the Quebec region, he was determined to find a solution to the political crisis that was perturbing the assembly. In 1810 the imprisonment of Pierre-Stanislas Bédard*, leader of the Canadian party, made his task even more difficult. The French-speaking members demanded Bédard’s release, so that he could take his seat in the house again. Papineau, with the backing of his son Louis-Joseph*, who had also been elected in 1809, demanded an inquiry into Governor Sir James Henry Craig*’s principal actions. Not satisfied with the answers he received, he pleaded Bédard’s case with Craig, but in vain.

      Nevertheless the threat of war with the United States and the arrival of a new governor known for his conciliatory views, Sir George Prevost*, had the effect of clearing the political atmosphere. The end of the parliamentary crisis hastened the end of Bédard’s leadership and opened the way for the ambitious Louis-Joseph Papineau. He was elected speaker of the house in 1815 and, with his father’s blessing, asserted himself more and more as the new leader of the Canadians. He was the designated heir, the bearer of the family’s hopes in the political arena. At the same period another son, Denis-Benjamin*, was managing the seigneury of Petite-Nation and André-Augustin was a notary and merchant in Saint-Hyacinthe, where their sister Marie-Rosalie, who would marry the seigneur Jean Dessaulles* in 1816, was living. Toussaint-Victor was studying at the Petit Séminaire de Montréal and intended to enter the priesthood. The family’s rise in society was more and more a collective endeavour to which its members contributed according to their talents. In the momentum the strong carried along the weak, and all profited from their father’s success and his many connections. Papineau was close enough to his children to receive their confidences, but reserved enough to prevent rivalries and extremes of enthusiasm. Aware of his responsibilities, he had ensured the future of his descendants, who would become increasingly clannish. His financial success and his influence had determined the image of a family that would leave its mark on the social and political destiny of Lower Caaada and Quebec for more than a century.

      In 1814, when his electoral mandate came to an end, Papineau retired for good from the political scene and concentrated on administering Petite-Nation. There were already some 30 settlers living on it, and two mills had been built along the river of that name. A precise and meticulous man, Papineau had had a number of pieces of land surveyed and a plan made of the territory that was occupied. For several years the seigneurial forest had been exploited to keep a sizeable lumber business supplied. Upholding the seigneur’s rights remained his main concern, however. The drafting of contracts for land grants, the updating of charges payable when property changed hands, and the regular collection of seigneurial dues were designed to obtain the maximum from the censitaires and to ensure sound management of the property. From the outset Papineau’s main aims were to establish his rights firmly and to lay the bases for an efficient administration, in order to make himself an all-powerful seigneur. Since he derived his income from rents, he was in the clearly defined class situation of a man appropriating part of the product of the peasants’ work through the system of seigneurial servitude. He was still putting money into land and he became a major speculator in the faubourg Sainte-Marie and at Saint-Martin. His method of building up his immense fortune, essentially in land, was a traditional one. In the end, his actions had enabled him to realize his aristocratic aspirations.

      Papineau sold Petite-Nation to his son Louis-Joseph in 1817 for £500 and then devoted himself to his profession. He continued none the less to play a certain role in the seigneury’s management, lavishing advice in his letters to Denis-Benjamin, who had remained in charge of development. Being 65, he also reduced his dealings in real estate and began to liquidate his assets. Papineau remained active professionally, however; in the last 24 years of his life he drew up at least 1,000 instruments. Considered to have reached the top in the notarial profession, he was increasingly drawn into complicated cases concerning tangled estates that belonged to families of the bourgeoisie and the seigneurial gentry. If a matter seemed involved, his judgement and discernment were called upon. He continued to work as a surveyor, laying out several roads and surveying several seigneuries in the district of Montreal.

      Papineau also followed political events closely. The radicalization of the French-speaking assemblymen in the 1830s worried him. He did not approve of the stands taken by his son, who talked of democracy, a republican constitution, the sovereignty of the people, emancipation of the state, an educational system in the hands of the laity, and the separation of church and state. An admirer of British institutions, Papineau maintained his faith in the imperial government and became a supporter of constitutional reform, for in his view it was the English-speaking minority that threatened the survival of the French-speaking community. During the 1837–38 rebellions, despite his being Louis-Joseph’s father, he was not disturbed by the British authorities. In 1838, when he was 86, he went to Saratoga (Schuylerville), N.Y., where his son had taken refuge after the defeat of 1837. He advised him to sell Petite-Nation quickly lest the government confiscate his property.

      In his old age Papineau, who had already provided for all his children, was not without resources. The money owed him, 2,281 livres, was a substantial but fairly usual sum for the end of a career. His personal and real property was valued at £1,796. In his library there were more than 200 volumes on diverse subjects: tomes on English and French law stood side by side with the complete works of Rousseau, Raynal, and Voltaire, and books on herbal medicine, forging and milling, the perfect merchant, and mathematical puzzles.

      With his health undermined by a serious illness, borne without complaint, and his spirit burdened by the painful events of 1837–38, Papineau turned to religion. Shortly before his death on 8 July 1841 he met Ignace Bourget*, the bishop of Montreal, and returned to Catholicism.

      Joseph Papineau represented the first generation of a family typical of certain contemporary élite groups in its rise in society, its wealth, and the thrust of its political activity and choices. Through his qualities and personal gifts, his connections and the backing they brought him, he gave the impetus to its social ascendancy and laid the foundations of its fortune. His dazzling career and his manifold occupations, however, make it difficult to categorize him. By his culture Papineau was a man of the early 19th century, responsive to aspects of the Enlightenment and living in an intellectual and political atmosphere that was eroding the old structures. On the other hand, as the owner of a seigneury, and a defender of seigneurial rights and a type of management traditional among the seigneurial gentry, he also belonged to the past. He stood at a crossroads in this changing colonial society.

Richard Chabot

 The reports of surveys by Joseph Papineau, written between 1773 and 1775, are at ANQ-M, CA1-71, and his minute-book, containing 5,564 instruments passed between 1780 and 1841, is at ANQ-M, CN1–313.

      ANQ-M, CE1-51, 16 oct. 1752, 8 juill. 1841; CE2-12, 23 août 1779; CN1–16, 18–19, 22 sept. 1800; 22 mai 1809; 18 août 1813; 26 oct. 1814; 7 mars, 5 avril, 24 juill. 1815; CN1-74, 23 juill. 1798; CN1-108, 15 sept. 1748, 16 juill. 1753; CN1-128, 7 oct. 1796; CN1-134, 8, 29 juill. 1822; 7 janv., 24, 28 oct. 1825; CN1-158, 18 oct. 1777, 13 avril 1779; CN1-194, 23 nov. 1801; 12 janv., 23 déc. 1803; 13 sept. 1804; 1er juin 1805; 4 août 1806; 30 oct. 1807; 3 mars, 17 oct. 1808; 15, 18, 24 févr., 8, 21 mars, 6, 14, 17 avril, 17 juin, 19 août 1809; 24 avril, 10, 29 mai, 7, 30 juin, 18, 20 oct., 5 déc. 1810; 3 avril, 7 juill., 18 août, 15 oct. 1811; 16 juill. 1814; 7 août 1815; 1er, 12 févr. 1816; 7 juill., 18 nov. 1817; 17 oct. 1818; CN1-310, 25 déc. 1841; CN1-317, 10 oct. 1818; CN1-385, 12–13 nov. 1829; 18 sept., 4, 9, 20 oct., 15 nov. 1830; 5 avril 1831; 16 avril, 25 mai 1832; 13 janv. 1835; 19 janv. 1838; 22 nov. 1839; 2 juill. 1840. ASQ, C 36; C 37; Polygraphie, VI, no.18; XXVII, no.76; S, 2–3; Séminaire, 40, nos.22, 22B–D, 22F–P; 82, nos.2–3, 6, 13, 13C, 16C, 16E-F, 16H-M; 120, nos.401, 407–9, 426; 121, nos.395–96, 398–402; 122, nos.73, 76, 139–41, 192, 500; SME, 17 mars, 21 avril 1788; 21 avril 1793; 26 mars 1794; 22 oct., 9 déc. 1798; 4 mai 1801; 27 juin 1802. ASSM, 8, A, carton 28; 9. PAC, MG 24, B2: 6–25, 78–81, 86–89, 178–81, 212–14, 239, 280–83, 288–90, 293–94, 303–5, 328–31, 433–37, 506–13, 528–31, 550–53, 558–61, 945–7, 1065–68, 1190–93, 1354–57, 1369–72, 1381–82, 1435–38, 1553–56, 1610–13, 1774–77, 2009–16, 2018–21, 2041–44, 2054–57, 2066–69, 3018–20, 3050–57, 3073–79, 3084–86, 3091–94, 3115–22, 3145–48, 3157–60, 3165–68, 3183–90, 3194–97, 3345–48, 3371–74, 3395–400, 3413–16, 3465–68, 3503–6, 3519–21, 3548–51, 3576–79, 5305–9, 5329–31, 5340–42, 5369, 5486, 5840–43, 6821–24; L3, 37, 24 April 1783; 39, 13 Sept. 1796; 44, 9 June 1787; 48, 26 Nov. 1787; MG 30, D1, 23: 775–819; RG 1, E3, 101: 55–58; RG 4, B8: 98–99; RG 68, General index, 1651–1841. Joseph Papineau, “Correspondance de Joseph Papineau (1793–1840),” Fernand Ouellet, édit., ANQ Rapport, 1951–53: 160–300. L-O. David, Biographies et portraits (Montréal, 1876), 1–19. Desjardins, Guide parl. Claude Baribeau, La seigneurie de la Petite-Nation, 1801–1854; le rôle économique et social du seigneur (Hull, Qué., 1983), 21–27, 61–73, 81–83. L.-O. David, Les deux Papineau (Montréal, 1896), 5–43. Gérard Parizeau, La société canadienne-française au XIXe siècle: essais sur le milieu (Montréal, 1975), 383–413. Rumilly, Papineau et son temps. [R.] C. Harris, “Of poverty and helplessness in Petite-Nation,” CHR, 52 (1971): 23–50. Fernand Ouellet, “Joseph Papineau et le Régime parlementaire (1791),” BRH, 61 (1955): 71–77. D.-B. Papineau, “Samuel Papineau,” BRH, 39 (1933): 331–39.