FERME ST. JOSEPH,
                                                                Barnston, Qué.                                                                      13 de mai 1895
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                                                                   J.V. Papineau ­ Proprietor

                                                                             Breeder of
                                                HEREFORD ­ CATTLE ­ AND ­ SHIRE ­ HORSES

Madame A.C. Papineau
St Hyacinthe

Ma chère Louisa,

La chaleur a bien diminué depuis deux jours.  Samedi nous avions de la peine à travailler dehors tant la chaleur était grande.  Hier au matin, le vent froid et la pluie nous empêchaient tous d’aller à la messe et ce matin, à mon réveil j’ai vu la neige tombant en abondance et nous glaçant jusqu’au cœur.  Il neige encore un peu à neuf heures mais la neige fond bientôt après être tombée.

Zélia se proposait d’aller voir son Dr hier d’abord puis elle a remis à ce matin et elle remet à demain parce qu’il fait trop mauvais et trop froid.  Elle n’a naturellement pas de bonne et c’est elle qui fait son ménage, sa cuisine, soigne ses 2 enfants et s’occupe de bien des préparatifs de déménagement.  Victor lui aide et lui sert de bonne, de femme de journée et d’homme de peine.  Tout marche de front et avance assez rapidement encore.  Léonie est ma principale occupation et mon amusement les jours où il faut rester à l’intérieur de la maison.  Hier en sortant de sa chambre de toilette elle est venue me montrer qu’elle avait un tablier blanc et m’a demandé de lui montrer les images.  Je la comprends peu quand elle parle avec sa langue seulement mais elle sait bien traduire ses paroles en actions pour ceux qui n’ont pas l’intelligence assez prompte, à son gré.

Auguste va à l’école régulièrement et jouit d’une bonne santé.  Il a plusieurs compagnons d’amusements dans la personne des enfants du fermier qui sont au nombre de cinq.  Le plus jeune est à peu près de même âge que Léonie.  Ce sont de jolis enfants ayant bonne physionomie et bien élevés surtout eu égard à la classe dans laquelle ils ont été formés.  Ils savent dire leur prières et leur chapelet ce qu’on ne rencontre pas toujours chez des enfants dont les parents ne savent pas lire.

Mon ouvrage n’avance pas aussi rapidement que je l’aurais voulu.  Tu m’as défendu de me fatiguer trop par la chaleur que nous avons eue et tu sais comme je suis obéissant lorsque tes ordres s’accordent avec ma paresse originelle et ma paresse cultivée!  Tout de même j’ai vu des soirs où j’étais content de m’étendre sur mon lit qui était pourtant assez chaud pour la nuit.  Nous n’avons ôté les doubles chassis que samedi matin juste à temps pour jouir de la brise rafraîchissante d’hier et d’aujourd’hui…  Nous avons chauffé le poêle du boudoir hier et encore aujourd’hui.  Marie (Papineau Beaudry, leur fille) doit en avoir fait autant sur les bords enchantés du lac St-Louis! Heureusement que Joseph (Beaudry) était avec elle hier, dimanche.  J’ai envoyé à Henri tout un colis de plantes que j’ai voulu sauver de la mort presqu’infaillible qui les attendait ici.  J’ai envoyé à Madame Dessaulles 2 rosiers venus l’un cette année même et l’autre l’an dernier.  J’espère qu’ils se seront rendus par la poste sans accident mortel.  Je m’attendais bien qu’ils auraient à souffrir de ce mode de déplacement.  Il y avait aussi deux variétés de fraisiers que je devais lui faire parvenir mais en les voyant, je les ai considérés comme morts et je les ai laissés ici.

J’ai bien fait mon sacrifice de tout ce que j’ai sur la ferme avant de partir de Montréal.  Il me faut maintenant le faire en détails à chaque instant du jour et de la nuit.  Je suis étonné tous les jours de voir combien de choses bonnes et agréables j’avais réussi à collectionner dans le jardin et le verger pour l’agrément des enfants et de nos petits enfants.  Je tenais à leur rendre leur séjour agréable sur la ferme afin qu’ils ne fussent pas tentés d’aller courir et se perdre chez les voisins et avec les enfants des voisins.  Toutes les plantes de la localité qui peuvent produire de belles fleurs et de bons fruits sont réunies ici

……………………………………………avec toi à cause du mauvais temps « qui arrive à temps » pour ton déménagement à St  Hyacinthe.  Il dit qu’il espère bien qu’une fois rendue à St H.  tu y prieras pour qu’il ait beau temps quand il devra s’y rendre lui-même.  Il a bien des caisses faites et ils en remplissent encore tous les jours.  Il lui arrive quelques fois d’avoir des larmes dans la voix quand il parle des choses qu’il ne peut emporter ou qu’il les met en ordre pour les conserver de manière à pouvoir vendre plus avantageusement quand il trouvera à vendre.

      Auguste